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Histoire du genre

Le robot dans les films de 1895 à 1920 : le dossier

Le mot « robot » n'existe pas encore quand le cinéma commence, et pourtant les machines qui imitent l'homme sont là dès les premières années. Automates de foire, poupées mécaniques, golems et hommes artificiels : ce dossier suit leur trace dans le cinéma muet, jusqu'en 1920.

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La Lanterne du Futur

Avant 1920, le cinéma muet ne connaît pas le mot robot, mais il multiplie déjà les machines qui imitent l'homme : automates de foire, poupées mécaniques, faux automates joués par des acteurs, puis hommes artificiels et golems. Ce dossier en suit la trace de 1895 à 1920, film par film, en séparant ce qui est attesté de ce qui reste incertain. Il complète les fiches de la rubrique Histoire du genre.

Un mot qui arrive après les films

Le mot robot vient du tchèque robota, qui désigne le travail forcé. Il apparaît dans R.U.R., la pièce de Karel Čapek écrite en 1920 et créée à Prague au début de 1921. Les robots de Čapek ne sont d'ailleurs pas des machines de métal, mais des êtres fabriqués à partir d'une matière organique.

Tous les films de ce dossier sont donc antérieurs au mot, ou contemporains de sa naissance. Ils parlent d'automates, d'hommes mécaniques, de mannequins animés. Ranger ces créatures sous l'étiquette « robot » est un geste d'historien, commode et un peu anachronique. Nous le faisons en connaissance de cause.

Cette remarque n'est pas un détail de vocabulaire. Elle explique pourquoi ces films sont si variés : sans le modèle du robot industriel, chaque cinéaste puise dans ce qu'il connaît, c'est-à-dire la foire, le théâtre d'illusion, les contes et les légendes.

1895-1905 : la machine avant l'humanoïde

Le point de départ souvent retenu est La Charcuterie mécanique, une vue des frères Lumière tournée en 1895. Une machine y transforme un cochon en charcuterie, puis le processus s'inverse. Ce n'est pas un robot au sens d'un être artificiel, mais c'est déjà une machine qui agit seule et produit un effet absurde. La fiche consacrée à ce film détaille ce gag d'un peu moins d'une minute.

Deux ans plus tard, vers 1897, Georges Méliès tourne Gugusse et l'Automate. Un bateleur y remonte à la manivelle un automate habillé en clown, qui se met à grandir puis se retourne contre lui ; la riposte passe par un marteau géant. Longtemps tenu pour perdu, le film a été retrouvé par la Bibliothèque du Congrès, qui a annoncé sa découverte en février 2026 dans une bobine donnée par une famille américaine. Il marque l'arrivée de la figure humanoïde dans un film de fiction. Sa fiche fait le point sur ce que l'on en sait.

Dans ces premières années, l'automate relève du numéro de prestidigitation. Méliès vient du théâtre Robert-Houdin, et Jean-Eugène Robert-Houdin lui-même construisait des automates. Le lien entre l'illusionnisme et la machine animée est direct.

1907-1914 : le faux automate et la comédie

À partir de 1907, la figure se multiplie, surtout dans la comédie. Un schéma revient souvent : un personnage se fait passer pour un automate, ou une vraie machine se dérègle et sème la panique.

Quelques titres attestés par les filmographies spécialisées :

  • The Mechanical Statue and the Ingenious Servant (Vitagraph, 1907), réalisé par J. Stuart Blackton : une statue mécanique qui danse quand on la remonte, et un domestique qui prend sa place ;
  • Dr. Smith's Automaton (Pathé, 1910), dont on sait peu de choses ;
  • A Mechanical Husband (Royaume-Uni, 1910), où une jeune femme s'éprend d'un automate ;
  • The Automatic Motorist (Royaume-Uni, 1911), dans lequel un chauffeur mécanique emmène de jeunes mariés jusque dans l'espace ;
  • The Inventor's Secret (Biograph, 1911), avec une poupée automatique prise pour une enfant disparue.

Le ressort est presque toujours le même. L'homme mécanique est drôle parce qu'il est raide, répétitif, imprévisible. Il permet aussi des trucages simples : un acteur qui bouge par saccades, un arrêt de caméra pour remplacer l'acteur par un mannequin, un emballement du mécanisme.

Le contexte joue. Ce sont les années où les machines entrent dans les foyers et les ateliers, où l'automobile et l'électricité fascinent autant qu'elles inquiètent. Le faux automate fait rire de cette inquiétude.

1914-1920 : le tournant tragique du cinéma allemand

Au milieu des années 1910, le cinéma allemand change de ton. La créature artificielle n'est plus un gag mais une figure de la démesure.

Paul Wegener tourne une première version du Golem, avec Henrik Galeen ; la date varie selon les catalogues, 1914 ou 1915, et le film ne subsiste qu'à l'état de fragments. Il y revient en 1920 avec Le Golem (Der Golem, wie er in die Welt kam), photographié par Karl Freund, aujourd'hui l'un des classiques du muet allemand. Le golem n'est pas une machine, mais il en a la fonction : fabriqué pour protéger, il échappe à son maître.

En 1916, le feuilleton Homunculus, réalisé par Otto Rippert, met en scène un homme créé en laboratoire, privé d'âme, qui se venge du monde qui le rejette. On y voit déjà le motif de la créature qui se retourne contre l'humanité, promis à une longue carrière.

Aux États-Unis, le serial The Master Mystery (1919), avec l'illusionniste Harry Houdini, présente un automate menaçant, dont la nature réelle fait partie du suspense. Le faux robot n'a pas disparu. Il a changé de genre.

Et juste après 1920

Le dossier s'arrête en 1920, mais deux repères aident à mesurer le chemin parcouru. En Italie, L'Uomo meccanico d'André Deed, en 1921, montre un homme mécanique géant qui sème le chaos ; il n'en reste que des fragments. En Allemagne, Metropolis de Fritz Lang, en 1927, donne au cinéma son premier grand androïde, la fausse Maria, dont la silhouette de métal a marqué tout le XXe siècle. La page consacrée à Metropolis revient sur cette figure.

Un siècle plus tard, le cinéma d'animation a retrouvé quelque chose de cet esprit. Robot Dreams (2023) de Pablo Berger, film d'animation qui a gardé son titre original anglais en France, coproduction entre l'Espagne et la France adaptée du roman graphique de Sara Varon, raconte l'amitié d'un chien et d'un robot dans le New York des années 1980, sans un seul dialogue, comme bien des films d'animation pour qui l'image suffit. Présenté au Festival de Cannes, ce film muet d'aujourd'hui rappelle que le robot n'a pas besoin de parler pour être un personnage : les automates de 1907 le savaient déjà, eux qui jouaient leur rôle par le geste et les images.

Pour la suite de l'histoire, des androïdes de studio aux intelligences artificielles, le dossier films de robots prend le relais.

Ce qui reste après le générique

Les robots du muet sont rarement spectaculaires, souvent perdus, parfois réduits à une ligne de catalogue. Ils posent pourtant, en vingt-cinq ans, les deux attitudes que le cinéma n'a jamais cessé d'alterner devant la machine humanoïde : en rire, ou en avoir peur.

Le passage de l'une à l'autre se lit presque chronologiquement, de la statue qui danse chez Vitagraph à la créature d'argile qui se révolte chez Wegener. C'est sans doute la meilleure raison de revenir à ces films anciens : ils montrent d'où viennent des images que l'on croit modernes.

Questions de spectateurs

Quel est le premier robot du cinéma ?

Tout dépend de ce qu'on appelle robot. La machine de La Charcuterie mécanique des Lumière, en 1895, n'imite pas un homme. Les premiers automates humanoïdes apparaissent à la fin des années 1890. Gugusse et l'Automate de Méliès, vers 1897, retrouvé en 2026 par la Bibliothèque du Congrès, est souvent avancé, mais les catalogues étant lacunaires, aucun titre ne fait l'unanimité.

Pourquoi parle-t-on d'automate et non de robot avant 1920 ?

Parce que le mot robot n'existe pas avant la pièce R.U.R. de Karel Čapek, créée en 1921 et écrite en 1920. Les films muets emploient le vocabulaire de leur temps : automate, homme mécanique, poupée animée, homoncule. Le mot robot leur est appliqué après coup.

Le Golem est-il un robot ?

Pas au sens technique : c'est une figure d'argile animée par un procédé magique, tirée d'une légende juive de Prague. Mais il partage avec le robot l'idée d'une créature fabriquée, au service de l'homme, qui finit par échapper à son créateur. C'est pour cela qu'on le range souvent dans la même famille.

Ces films muets sont-ils encore visibles ?

Une partie seulement. Beaucoup de courts métrages de ces années sont perdus ou ne subsistent qu'en fragments. Certains titres, comme Le Golem de 1920, ont été restaurés et édités en vidéo ; d'autres ne sont connus que par des catalogues, des descriptions de presse ou quelques images fixes.

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