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Films de robots : des automates du muet aux androïdes modernes

Le robot de cinéma a été tour à tour jouet, monstre, serviteur, tueur et enfant. Chaque époque en a fait le miroir de ses propres inquiétudes techniques, et les grands films de robots se lisent mieux quand on les range par familles.

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Rédaction
La Lanterne du Futur
Vieux jouet mécanique en fer-blanc de forme humanoïde posé sur une étagère, lumière de fin de journée

Un film de robot met en scène une machine qui agit, souvent à forme humaine, et l'utilise pour poser une question sur l'homme : que se passe-t-il si nos créations nous obéissent trop, nous désobéissent, ou nous ressemblent ? Des automates du muet aux androïdes d'aujourd'hui, le cinéma a décliné cette question en quelques grandes familles, que nous suivons ici époque par époque.

Ce dossier fait partie de notre rubrique Thèmes, qui rassemble les grands motifs de la science-fiction au cinéma.

Avant le mot robot : les automates du muet

Le cinéma a filmé des créatures mécaniques avant que le mot robot n'existe. En 1897, Georges Méliès tourne Gugusse et l'Automate, où un automate grandit et attaque son propriétaire ; la copie, longtemps perdue, a été retrouvée par la Library of Congress. D'autres films des premières années jouent avec des machines qui transforment ou fabriquent, sans forme humaine.

Le mot robot naît en 1920 dans la pièce R.U.R. du Tchèque Karel Čapek, à partir d'un terme qui évoque le travail forcé. Dans la pièce, les robots sont des travailleurs artificiels qui finissent par se révolter. Le cinéma reprendra cette idée pendant tout le siècle. Notre dossier sur le robot dans les films de 1895 à 1920 détaille cette préhistoire, film par film.

En 1927, Metropolis de Fritz Lang donne au robot sa première grande image : une femme de métal, à laquelle un savant donne les traits d'une héroïne pour manipuler les ouvriers. Sa silhouette a inspiré des générations de designers, jusqu'aux droïdes de Star Wars.

La machine qui se révolte

La première famille est la plus ancienne : la créature échappe à son créateur et se retourne contre lui. C'est le schéma de R.U.R., déjà présent dans l'automate de Méliès.

Le cinéma des années 1970 lui donne une forme moderne avec Mondwest (Westworld, 1973), écrit et réalisé par Michael Crichton : dans un parc d'attractions, des androïdes conçus pour divertir les visiteurs se mettent à les tuer. Le cinéaste reprendra l'idée du parc qui déraille vingt ans plus tard, comme romancier, avec Jurassic Park.

Avec Terminator (1984), James Cameron pousse la logique à l'extrême : un réseau informatique militaire déclenche une guerre contre l'humanité et envoie un robot tueur à forme humaine dans le passé. Le robot n'a plus rien d'un jouet ; c'est une arme, et sa ressemblance avec l'homme le rend plus inquiétant encore.

Le compagnon fidèle

La deuxième famille prend le contre-pied : le robot est un ami, un serviteur, parfois un comique. Le Jour où la Terre s'arrêta (1951) présente Gort, un robot géant qui accompagne un visiteur extraterrestre ; il est menaçant, mais il sert un message de paix. Planète interdite (1956) invente Robby, robot domestique poli et serviable, qui devient l'une des vedettes du film.

La saga Star Wars, lancée en 1977 par la 20th Century Fox, fait de deux droïdes, R2-D2 et C-3PO, des personnages à part entière, chargés de l'humour et souvent de l'intrigue. Ils ont fixé pour longtemps l'image du robot attachant, bavard ou muet.

Le cinéma d'animation a beaucoup creusé cette veine. Le Géant de fer (1999) raconte l'amitié d'un enfant et d'un robot géant venu de l'espace, dans l'Amérique de la guerre froide. WALL-E (2008), des studios Pixar, suit un petit robot nettoyeur resté seul sur une Terre abandonnée ; une grande partie du film se passe presque sans dialogue. Les Nouveaux Héros (2014) et Le Robot sauvage (2024) prolongent la tradition, avec des robots soignants ou adoptifs.

L'androïde qui veut devenir humain

La troisième famille est la plus mélancolique. Le robot y désire ce qu'il n'a pas : une vie, une mémoire, de l'amour. C'est l'héritage de Pinocchio autant que de la science-fiction.

Blade Runner (1982) en donne la version la plus sombre : des réplicants, androïdes fabriqués pour les travaux dangereux, reviennent sur Terre pour obtenir de leur créateur plus de temps à vivre. L'Homme bicentenaire (1999), avec Robin Williams, suit sur deux siècles un robot domestique qui demande à être reconnu comme humain. A.I. Intelligence artificielle (2001), réalisé par Steven Spielberg d'après un projet de Stanley Kubrick, met en scène un enfant-robot programmé pour aimer sa mère adoptive.

Ex Machina (2014), d'Alex Garland, retourne la question : un programmeur doit évaluer si une androïde est consciente, et le spectateur découvre peu à peu qui teste qui. Le film déplace l'attention du robot vers ceux qui le fabriquent et le regardent.

Le robot policier et la loi

Une dernière famille mêle le robot et l'ordre. RoboCop (1987), de Paul Verhoeven, transforme un policier mort en cyborg au service d'une entreprise privée qui gère la police de Detroit. Le film est une satire violente des années 1980, de la privatisation et des médias.

I, Robot (2004), réalisé par Alex Proyas et inspiré de l'univers d'Isaac Asimov, suit le détective Del Spooner, joué par Will Smith, qui se méfie des robots domestiques. Le film s'appuie sur les trois lois de la robotique imaginées par Asimov dans les années 1940, et sur un ordinateur central qui les interprète à sa manière. Chappie (2015), de Neill Blomkamp, imagine un robot policier qui acquiert une conscience et apprend comme un enfant.

Comment choisir un film de robot ?

Le choix dépend surtout de ce que vous cherchez. Pour l'histoire du genre, Metropolis et Planète interdite montrent comment l'image du robot s'est formée. Pour l'action, Terminator et RoboCop restent des références. Pour l'émotion, Le Géant de fer et WALL-E touchent tous les publics. Pour la réflexion, Blade Runner et Ex Machina posent la question de la conscience sans y répondre. Aucun de ces titres n'est à lui seul le meilleur film de robots : chacun représente une manière de les filmer, et le film de science-fiction qui vous plaira dépend de celle que vous préférez.

Beaucoup de ces films existent en DVD et en Blu-ray, souvent avec des bonus sur le tournage et la fabrication des robots, qui intéressent autant que les films eux-mêmes : maquettes, costumes articulés, marionnettes animées, puis images de synthèse. La musique compte aussi beaucoup : les sons électroniques et les thèmes mécaniques ont longtemps servi à dire au spectateur qu'il avait affaire à une machine.

Comment fabrique-t-on un robot de cinéma ?

La production d'un film de robot pose un problème concret : il faut faire bouger une machine qui n'existe pas. Chaque époque a eu sa réponse, et l'histoire de ces techniques se lit dans les films.

Dans les années 1950, Robby de Planète interdite est un costume porté par un comédien, avec des éléments mobiles et lumineux ; il a été réutilisé dans d'autres films et séries après le tournage. Dans les années 1980, l'endosquelette de Terminator est l'œuvre de l'atelier du maquilleur et créateur d'effets Stan Winston, qui le fait bouger par marionnettes et animation image par image. L'armure de RoboCop, conçue par Rob Bottin, est une combinaison rigide qui imposait à l'acteur sa démarche saccadée.

Le son compte autant que l'image. Ben Burtt, qui avait créé les bips de R2-D2 pour Star Wars, a aussi fabriqué la voix de WALL-E à partir de sons mécaniques et de sa propre voix traitée. Un bon robot de cinéma s'entend avant de se voir.

Les images de synthèse ont changé la donne à partir des années 1990, sans faire disparaître les accessoires réels : beaucoup de films récents mélangent un robot construit pour le plateau et des retouches numériques. La différence se voit souvent à l'écran : un robot qui a été physiquement présent sur le tournage pèse sur la scène d'une manière qu'un robot entièrement numérique peine à reproduire.

Ce que les robots disent de leur époque

Les robots de cinéma vieillissent avec leur époque, et c'est ce qui les rend passionnants à comparer. Les automates du muet sont des tours de magie. Ceux des années 1950 portent les peurs et les espoirs de l'ère atomique. Les robots tueurs des années 1980 accompagnent l'informatisation du monde, et les androïdes conscients des années 2010 arrivent avec les débats sur l'intelligence artificielle.

Ce glissement nous paraît le fil le plus net de l'histoire du robot au cinéma : la machine inquiète de moins en moins par sa force, et de plus en plus par sa ressemblance. Pour prolonger avec les machines sans corps, notre dossier sur l'intelligence artificielle au cinéma suit HAL et ses successeurs.

Questions de spectateurs

Quel est le premier film de robot ?

Le plus ancien film conservé qui montre une machine à forme humaine est Gugusse et l'Automate de Georges Méliès, tourné en 1897 et retrouvé récemment par la Library of Congress. Le robot de Metropolis (1927) est le premier robot de cinéma devenu célèbre dans le monde entier. Notre dossier sur le robot de 1895 à 1920 détaille cette préhistoire.

Quelle différence entre un robot, un androïde et une intelligence artificielle ?

Un robot est une machine qui agit dans le monde physique. Un androïde est un robot de forme humaine, au point parfois de se confondre avec un humain, comme les réplicants de Blade Runner. Une intelligence artificielle peut n'avoir aucun corps, comme HAL dans 2001 : l'Odyssée de l'espace. Les films mélangent souvent les trois.

Que sont les trois lois de la robotique ?

Ce sont trois règles imaginées par l'écrivain Isaac Asimov dans les années 1940 : un robot ne doit pas blesser un humain, doit obéir aux ordres sauf s'ils contredisent la première loi, et doit protéger sa propre existence sauf si cela contredit les deux autres. Le film I, Robot (2004) en fait le ressort de son intrigue.

Quels films de robots montrer à des enfants ?

Les films d'animation sont la porte d'entrée naturelle : Le Géant de fer (1999), WALL-E (2008), Les Nouveaux Héros (2014) ou Le Robot sauvage (2024). Ils abordent l'amitié et la différence sans violence marquée. Les films avec des robots tueurs, comme Terminator ou RoboCop, sont destinés à un public adulte.

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