Blade Runner est un film de science-fiction de Ridley Scott sorti en 1982, adapté librement du roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?. Il suit Rick Deckard, chargé de traquer des androïdes, les réplicants, dans un Los Angeles futuriste noyé sous la pluie, et il existe en plusieurs versions dont la plus recommandée est le Final Cut de 2007. Cette fiche fait partie de la rubrique Films.
D'où vient le film ?
Le roman de Philip K. Dick paraît en 1968. Il imagine une Terre ravagée, où posséder un animal vivant est un signe de statut, et où un chasseur de primes doit « retirer » des androïdes évadés que seul un test d'empathie distingue des humains.
L'adaptation passe par plusieurs scénaristes, Hampton Fancher puis David Peoples, et par un changement de ton. Le film resserre l'intrigue sur la traque, le doute et la mortalité. Ridley Scott, qui sort d'Alien (1979), y apporte son sens du décor et de l'atmosphère.
Le titre lui-même ne vient pas de Dick. Il est emprunté à un roman d'Alan E. Nourse, The Bladerunner, dont William S. Burroughs avait tiré un texte. Seul le mot a été gardé.
Harrison Ford joue Deckard, Rutger Hauer le réplicant Roy Batty, Sean Young la mystérieuse Rachael. La musique est de Vangelis, et elle compte pour beaucoup dans l'identité du film.
Le film est produit par The Ladd Company, la société d'Alan Ladd Jr., avec le financement du producteur hongkongais Run Run Shaw, et distribué par Warner Bros. Le tournage a la réputation d'avoir été tendu, entre dépassements de calendrier et désaccords sur le montage. Ces tensions expliquent en partie l'histoire compliquée des versions, sur laquelle nous revenons plus loin.
Que raconte Blade Runner, sans rien dévoiler ?
Los Angeles, 2019 dans le récit. Des réplicants, êtres artificiels conçus pour le travail dans les colonies spatiales, sont interdits sur Terre. Quatre d'entre eux y reviennent. Deckard, ancien « blade runner », est rappelé pour les éliminer.
L'enquête est une trame de film noir : un détective las, une femme fatale, une ville corrompue. Mais la question qui travaille le film est ailleurs. Si les réplicants ont des souvenirs, des peurs et le désir de vivre, en quoi diffèrent-ils de ceux qui les chassent ?
Derrière les réplicants se tient la Tyrell Corporation, l'entreprise qui les fabrique, et son fondateur Eldon Tyrell, qui règne depuis le sommet d'une pyramide dominant la ville. Le film fait de lui une figure de créateur distant, presque divin, à qui ses créatures viennent demander des comptes. Autour de Deckard gravitent aussi Gaff, le policier qui plie des figurines en papier, joué par Edward James Olmos, et Bryant, son supérieur. Chacun a son poids dans l'énigme.
Le film laisse cette question ouverte, et c'est une des raisons de sa longévité. Les critiques n'ont jamais cessé de proposer des lectures : fable sur l'esclavage, réflexion sur la mort, méditation sur le cinéma lui-même, qui fabrique aussi des souvenirs. Que l'œuvre supporte toutes ces interprétations dit quelque chose de sa richesse.
Pourquoi tant de versions ?
C'est le sujet le plus déroutant pour qui découvre le film. Il existe plusieurs montages officiels, réunis dans des éditions vidéo à partir de 2007.
| Version | Année | Ce qui la distingue |
|---|---|---|
| Copie de travail (workprint) | 1982 | montée pour des projections tests, sans la musique définitive partout |
| Version cinéma américaine | 1982 | voix off de Deckard, fin plus lumineuse imposée après les projections tests |
| Version cinéma internationale | 1982 | proche de l'américaine, avec quelques plans plus violents |
| Director's Cut | 1992 | sans voix off, sans la fin lumineuse, avec la séquence de la licorne |
| Final Cut | 2007 | supervisée par Ridley Scott, image et son restaurés, corrections de détails |
La version de 1982 porte la marque du studio. Après des projections tests jugées décevantes, on ajoute une voix off explicative et une fin plus optimiste, en partie montée à partir de plans non utilisés d'un autre film. Le Director's Cut de 1992 est sorti après le succès d'une copie de travail projetée au début des années 1990. Mais Scott n'en avait pas eu la maîtrise complète.
Le Final Cut de 2007 est la version que le réalisateur considère comme définitive. C'est celle que nous conseillons pour une première vision.
Une ville qui a fait école
Le premier choc de Blade Runner est visuel. Le Los Angeles du film n'est pas une ville propre et lisse comme dans la science-fiction des années 1950 et 1960. C'est une mégapole saturée, pluvieuse, où les tours géantes dominent des rues encombrées, éclairées par les publicités et les néons.
Cette vision doit beaucoup au designer Syd Mead, au superviseur des effets Douglas Trumbull, et au travail sur les maquettes et la fumée. Elle a fixé pour des décennies l'image de la ville du futur au cinéma, dans le jeu vidéo et dans la bande dessinée. Le mouvement cyberpunk, qui naît en littérature au même moment, y a trouvé son décor de référence.
On peut y voir une descendance directe de Metropolis de Fritz Lang, autre film qui a dessiné la ville verticale et ses classes séparées par la hauteur.
La question du réplicant
Blade Runner appartient à une famille de films qui interrogent la frontière entre l'humain et la machine. Le test Voight-Kampff, qui mesure les réactions émotionnelles, est l'emblème de cette question : si l'on doit tester l'empathie pour distinguer un humain, que reste-t-il de la différence ?
Le film pose aussi la question de la mémoire. Des souvenirs implantés suffisent-ils à faire une personne ? La séquence finale du film, que nous ne détaillerons pas, a été souvent citée comme l'un des grands moments du genre, notamment grâce à Rutger Hauer.
Ces interrogations rejoignent celles des films de robots, qui suivent la créature artificielle de l'automate de foire à l'androïde moderne.
Un échec devenu référence
À sa sortie en 1982, le film ne trouve pas son public en salles, dans une année où la science-fiction familiale domine. La critique est partagée. Sa réputation se construit ensuite, par la vidéo, les rétrospectives et les débats sur ses versions.
En 1993, la Bibliothèque du Congrès l'inscrit au National Film Registry, qui conserve les films jugés importants pour le patrimoine américain. Il est depuis régulièrement cité parmi les meilleurs films de science-fiction, dans les classements de la presse comme dans ceux des cinéastes. L'adaptation a aussi relancé l'intérêt pour Philip Dick : de nombreux romans et nouvelles de l'auteur ont été portés à l'écran dans les décennies suivantes, souvent avec le nom de Blade Runner comme argument.
La suite, Blade Runner 2049, réalisée par Denis Villeneuve en 2017, prolonge le monde et les questions du premier film trente ans plus tard dans le récit. La filmographie de Ridley Scott montre comment le cinéaste est revenu plusieurs fois à la science-fiction, sans toujours retrouver cette alchimie.
Ce qui reste après le générique
Blade Runner reste un film qu'on revoit, parce que chaque version déplace un peu le sens et parce que ses images ne s'épuisent pas. Il a fourni au genre une ville, un ton et une question.
Pour une première fois : le Final Cut, sans chercher à tout comprendre d'emblée. Pour une deuxième fois : la version de 1982, pour mesurer ce qu'une voix off et une fin différente changent à un film.
Questions de spectateurs
Quelle version de Blade Runner regarder en premier ?
Le Final Cut de 2007 est la version la plus souvent conseillée : c'est la seule dont Ridley Scott a eu le contrôle artistique complet, avec une image restaurée. La version cinéma de 1982, avec voix off et fin plus lumineuse, reste intéressante à voir ensuite pour comprendre ce que le studio avait imposé.
Deckard est-il un réplicant ?
Le film ne tranche pas de façon explicite, et c'est voulu. Ridley Scott a dit en interview pencher pour le oui, tandis que Harrison Ford a défendu l'inverse. Les versions de 1992 et 2007, avec la séquence de la licorne, rendent l'hypothèse plus forte que la version de 1982.
Faut-il voir Blade Runner avant Blade Runner 2049 ?
Oui. Blade Runner 2049, réalisé par Denis Villeneuve et sorti en 2017, prolonge directement l'histoire et les personnages du film de 1982. Il reste compréhensible sans lui, mais une grande partie de sa charge émotionnelle repose sur ce que l'on sait du premier film.
Le film suit-il le roman de Philip K. Dick ?
Librement. Le film garde le personnage de Deckard, la traque des androïdes et la question de l'empathie, mais il abandonne une grande part du roman, comme la religion de Mercer et l'importance des animaux. Même le titre vient d'ailleurs que du livre de Dick.
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