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La Planète des singes (1968) : tournage, fin et postérité

Avant d'être une saga de dix films, La Planète des singes est un film de 1968 réalisé par Franklin J. Schaffner, avec Charlton Heston. Il tient sur une idée forte, des maquillages inédits et une fin restée célèbre. Voici comment il a été fait, ce qu'il dit, et ce qu'il a lancé.

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La Lanterne du Futur
Plage déserte au pied de hautes falaises, au crépuscule, avec la mer calme et un ciel orangé

La Planète des singes est un film américain de Franklin J. Schaffner, sorti en 1968, adapté du roman de Pierre Boulle : des astronautes échoués sur une planète où les singes dominent et où les humains sont muets et traqués. Le film doit sa réputation à ses maquillages, à son propos sur la science et le dogme, et à une fin devenue l'une des plus célèbres du cinéma. Cette fiche appartient à la rubrique Films.

Du roman de Pierre Boulle au scénario

Pierre Boulle, déjà auteur du Pont de la rivière Kwaï, publie La Planète des singes en 1963. C'est un conte satirique dans la tradition de Swift et de Voltaire : un voyageur découvre une société simienne qui reproduit, en miroir, les travers de la nôtre.

Le producteur Arthur P. Jacobs met plusieurs années à convaincre un studio. Le projet aboutit à la 20th Century Fox. Le scénario passe par Rod Serling, le créateur de La Quatrième Dimension, puis par Michael Wilson, qui le réécrit en profondeur.

Deux choix changent tout. La société des singes devient plus archaïque que dans le roman, ce qui réduit les coûts de décor et renforce l'étrangeté. Et la fin est entièrement repensée. Le film garde l'idée de Boulle, une civilisation qui renverse la hiérarchie entre les espèces, mais il en fait une fable plus sombre et plus directe.

Le tournage et les maquillages

Le défi du film tient dans un mot : les visages. Il fallait des singes capables de parler et d'exprimer des émotions, sans que le public rie.

Le maquilleur John Chambers met au point des prothèses en mousse de latex qui laissent bouger les lèvres et les sourcils. Les acteurs passent de longues heures au maquillage chaque matin, et une équipe nombreuse de maquilleurs est mobilisée pour les figurants. Ce travail vaut à Chambers un Oscar d'honneur en 1969, à une époque où la catégorie du maquillage n'existe pas encore aux Oscars.

Les extérieurs sont tournés dans l'Ouest américain, notamment autour du lac Powell, dans des paysages de canyons qui donnent au film son aspect de planète inconnue. La musique de Jerry Goldsmith, faite de percussions et de sons inhabituels, ajoute à l'impression de monde étranger.

La production avance avec prudence. Avant de donner son feu vert, la 20th Century Fox fait tourner un essai de maquillage avec Charlton Heston et Edward G. Robinson dans le rôle de Zaius, pour vérifier que le public accepterait des singes parlants. L'essai convainc. Robinson renonce ensuite au rôle, repris par Maurice Evans. Autour de lui, James Whitmore joue le président de l'assemblée des singes et James Daly le docteur Honorius, l'accusateur du procès.

Charlton Heston, alors associé aux grandes fresques historiques, joue Taylor, un astronaute misanthrope. Son personnage, qui méprise l'humanité avant de devoir la défendre, donne au film son ambiguïté.

Ce que dit le film

Le réalisateur Franklin J. Schaffner vient de la télévision, où il a dirigé de nombreuses dramatiques en direct, et il n'a encore signé que quelques longs métrages. Il aborde le film de science-fiction sans en adopter les codes de l'époque : pas de soucoupes, peu de gadgets, une caméra qui filme les singes comme une société réelle, avec ses rites, ses tribunaux et ses musées. Ce sérieux est la clé de la réussite. Un spectateur qui croit à cette société croit à la fable.

Sous l'aventure, le film parle de science et d'autorité. Les singes ont une hiérarchie stricte : orangs-outans au pouvoir et gardiens de la doctrine, chimpanzés savants et curieux, gorilles soldats. Le docteur Zaius sait des choses qu'il préfère taire au nom de l'ordre établi. Les chimpanzés Zira et Cornélius, eux, veulent comprendre.

Le procès de Taylor, où l'on discute de savoir si un humain peut penser, est une satire transparente des débats sur l'évolution et des tribunaux qui jugent les idées. Le contexte de 1968 pèse aussi : guerre froide, peur de la bombe, mouvements pour les droits civiques. Le film ne cite rien de tout cela, mais tout cela le traverse.

La fin, et pourquoi elle a marqué

Attention, la suite révèle la fin du film.

Taylor s'enfuit avec Nova le long de la côte, dans la zone interdite. Il découvre sur une plage les vestiges de la statue de la Liberté, à demi enfouie dans le sable. Il comprend alors qu'il n'a jamais quitté la Terre : la planète des singes est la sienne, des siècles après une catastrophe que les humains ont provoquée.

Cette image, tournée sur une plage californienne près de Malibu, fait basculer tout le film. Le voyage spatial était un voyage dans le temps, et l'aventure exotique était un avertissement. La fin du roman de Boulle repose aussi sur un retournement, mais différent et plus ironique. Celle du film est plus brutale, plus politique, et elle a donné à l'œuvre une place durable dans le cinéma de fin du monde et post-apocalyptique.

Elle explique aussi la difficulté des suites : comment continuer une histoire dont la fin a tout dit ?

La saga qui en est née

À sa sortie en 1968, en Amérique du Nord puis en France, le film rencontre un net succès commercial. Il sort la même année que 2001 : l'Odyssée de l'espace, et les deux films, si différents, contribuent à faire sortir la science-fiction du film de série B. L'un mise sur la contemplation et l'abstraction, l'autre sur l'aventure et la fable politique ; tous deux s'adressent à un public adulte. Notre fiche sur 2001 : l'Odyssée de l'espace permet de comparer ces deux visions de l'avenir sorties à quelques semaines d'intervalle.

Le film de Franklin J. Schaffner a aussi laissé une trace hors des salles : des répliques de George Taylor reprises partout, une image finale détournée par la publicité, la parodie et le dessin de presse, et des générations de spectateurs qui connaissent la fin sans avoir vu le film. Le réalisateur, lui, enchaîne avec Patton (1970), qui lui vaut l'Oscar du meilleur réalisateur.

Le succès du film entraîne quatre suites de 1970 à 1973, aux budgets décroissants, qui explorent la boucle temporelle ouverte par la fin. Tim Burton signe un remake en 2001, puis un nouveau cycle commence en 2011 avec Les Origines, en capture de mouvement.

L'ordre de visionnage de ces dix films a sa propre logique, avec un piège pour qui suivrait la chronologie interne. Il est détaillé dans notre guide La Planète des singes dans l'ordre.

Ce qui reste après le générique

La Planète des singes a vieilli de façon inégale : certains dialogues et certains plans portent leur époque. Mais l'essentiel tient : un monde inversé crédible, des maquillages qui servent le jeu au lieu de l'étouffer, et un final qui transforme l'aventure en mise en garde.

C'est aussi un rare cas de film américain né d'un roman français de science-fiction, et qui a donné à cette idée une portée mondiale. À voir sans en connaître la fin, si c'est encore possible.

Questions de spectateurs

Qui joue dans La Planète des singes de 1968 ?

Charlton Heston tient le rôle principal, l'astronaute Taylor. Roddy McDowall et Kim Hunter jouent les chimpanzés Cornélius et Zira, Maurice Evans l'orang-outan Zaius, et Linda Harrison le personnage de Nova. La plupart des acteurs incarnant des singes passaient des heures au maquillage avant chaque journée de tournage.

Où a été tourné La Planète des singes ?

Les paysages désertiques ont été filmés dans l'Ouest américain, notamment autour du lac Powell, entre l'Arizona et l'Utah. La célèbre scène finale a été tournée sur une plage de Californie, près de Malibu. Les décors du village des singes ont été construits sur des terrains de la 20th Century Fox.

Quelle est la différence entre le film et le roman de Pierre Boulle ?

Le roman est un conte philosophique avec une civilisation simienne technologiquement proche de la nôtre et une double chute finale. Le film simplifie la société des singes, lui donne un aspect plus archaïque, et invente une autre fin, plus visuelle. Les deux fins partagent l'idée d'un retournement, mais pas son contenu.

Faut-il voir le film de 1968 avant les films récents ?

Ce n'est pas obligatoire, car le cycle commencé en 2011 est indépendant. Mais le film de 1968 éclaire beaucoup de références des films récents. Et sa fin perd une grande partie de sa force si on la découvre par une suite ou par un résumé.

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