Les films d'extraterrestres se rangent en quatre grandes familles : l'invasion hostile, le monstre qui traque des humains, le visiteur bienveillant, et le premier contact où l'enjeu est de comprendre l'autre. Le thème existe depuis Le Voyage dans la Lune de Méliès en 1902, mais il prend son essor dans les années 1950, et chaque époque y projette ses propres inquiétudes. Ce panorama fait partie de la rubrique Thèmes.
Aux origines : la Lune, Mars et l'imagination
Dans Le Voyage dans la Lune (1902), les savants de Méliès rencontrent les Sélénites, habitants de la Lune qui disparaissent en fumée sous un coup de parapluie. Ce sont parmi les premiers extraterrestres du cinéma. Ils tiennent plus du théâtre féerique que de la biologie, mais le motif est posé : là-haut, quelqu'un vit.
Dans les années suivantes, Mars prend le relais, portée par les spéculations sur les canaux martiens et par La Guerre des mondes de H. G. Wells (1898). En 1910, le film Edison A Trip to Mars envoie un savant parmi des créatures géantes ; sa fiche revient sur ce petit film pionnier. L'histoire complète des débuts se lit dans notre article sur le premier film de science-fiction.
Ces premiers extraterrestres sont des curiosités. Ils ne menacent pas encore la Terre.
L'invasion : la peur de la guerre froide et au-delà
Les années 1950 changent tout. La guerre froide, la bombe atomique et la peur de l'infiltration nourrissent une vague de films où les extraterrestres viennent chez nous.
Deux attitudes coexistent dès le début. Le Jour où la Terre s'arrêta (1951) de Robert Wise fait d'un visiteur venu d'ailleurs un messager de paix qui avertit l'humanité contre ses propres armes. La Guerre des mondes (1953), produit par George Pal et réalisé par Byron Haskin, adapte Wells sur le mode de l'invasion destructrice.
L'Invasion des profanateurs de sépultures (1956) de Don Siegel invente une variante plus insidieuse : les envahisseurs prennent la place des humains, sans bruit. Le film a été lu tour à tour comme une allégorie anticommuniste et comme une critique du conformisme ; il a été refait plusieurs fois.
Plus tard, l'invasion devient spectacle. Independence Day (1996) de Roland Emmerich en donne la version à grand budget, avec la destruction des grandes villes comme attraction. Mars Attacks! de Tim Burton, la même année, en livre la parodie.
Le monstre : quand l'extraterrestre traque
Une autre famille fait de l'extraterrestre une créature, un prédateur. L'intrigue se resserre sur un groupe d'humains isolés.
Alien, le huitième passager (1979) de Ridley Scott en est le modèle : un équipage de vaisseau spatial, une créature conçue par l'artiste H. R. Giger, un huis clos. Le film mêle science-fiction et horreur, et il a lancé une saga dont l'ordre est détaillé dans notre guide les films Alien dans l'ordre.
La saga a eu ses variations par d'autres cinéastes : James Cameron en tire un film d'action militaire avec Aliens, le retour (1986). La même décennie, John McTiernan oppose un commando à un chasseur venu d'ailleurs dans Predator (1987), qui fait de la jungle un terrain de chasse invisible.
The Thing (1982) de John Carpenter, remake d'un film de 1951, pousse le principe plus loin : la créature prend la forme de ceux qu'elle absorbe, et le doute s'installe entre les survivants d'une base antarctique. Le film a été mal reçu à sa sortie avant de devenir une référence.
Le visiteur bienveillant : Spielberg et les années 1970-1980
À contre-courant des invasions, Steven Spielberg imagine des extraterrestres pacifiques et fascinants. Rencontres du troisième type (1977) montre des humains attirés, presque appelés, par un contact qui finit en dialogue musical. Le film met en scène la méfiance envers les autorités, qui cachent ce qu'elles savent.
E.T. l'extra-terrestre (1982) déplace la rencontre à hauteur d'enfant. Un petit extraterrestre perdu est recueilli par un garçon de banlieue, et ce sont encore les adultes en uniforme qui représentent la menace. Le film devient un phénomène mondial.
Cette famille transforme l'extraterrestre en miroir de la solitude et de l'amitié. Elle n'exclut pas la science-fiction adulte, mais elle s'adresse aussi aux familles.
Le premier contact : comprendre l'autre
Plus récemment, une autre approche s'est imposée : l'extraterrestre n'est ni ennemi ni ami, il est incompréhensible. Toute l'intrigue consiste à établir un contact.
Contact (1997) de Robert Zemeckis, d'après Carl Sagan, suit une astronome qui capte un signal venu de l'espace. District 9 (2009) de Neill Blomkamp renverse la perspective : des extraterrestres réfugiés, parqués dans un camp en Afrique du Sud, et une satire de la ségrégation.
Premier Contact (2016) de Denis Villeneuve est l'exemple le plus abouti. Une linguiste doit apprendre une langue extraterrestre, et cet apprentissage change sa perception du temps. Le film fait de la communication le vrai suspense. La filmographie de Denis Villeneuve le replace dans l'ensemble de son œuvre.
Nope (2022) de Jordan Peele combine plusieurs familles : la menace venue du ciel, le spectacle et la question du regard, dans un western contemporain.
Les années 1990 : satire, comédie et spectacle
La fin des années 1990 voit l'extraterrestre devenir un personnage de comédie et de satire. En 1997, trois films sortent la même année et montrent l'étendue du registre. Men in Black de Barry Sonnenfeld imagine une agence secrète qui surveille les extraterrestres installés incognito sur Terre, sur le ton de la comédie. Starship Troopers de Paul Verhoeven envoie de jeunes soldats combattre des insectes géants sur une planète lointaine ; sous l'apparence d'un film de guerre spatial, c'est une satire du militarisme que beaucoup ont prise au premier degré à sa sortie. Le Cinquième Élément de Luc Besson mélange space opera, comédie et menace cosmique, avec une galerie d'extraterrestres colorés.
Ces films ont un point commun avec la saga Star Wars, où les créatures d'autres mondes peuplent le décor sans être l'enjeu du récit : l'extraterrestre n'est plus forcément une énigme ou une menace, il fait partie du paysage. C'est l'inverse exact de ce que proposera le film de premier contact dans les années suivantes.
Ce que les extraterrestres disent de nous
L'extraterrestre du cinéma est rarement une hypothèse scientifique. C'est un écran sur lequel chaque époque projette ses peurs et ses espoirs : l'ennemi infiltré des années 1950, le gouvernement qui ment des années 1970, l'étranger rejeté de District 9, la difficulté de se comprendre de Premier Contact.
C'est pour cette raison qu'un même film peut être lu de plusieurs façons, et que les remakes changent le sens d'une histoire en changeant son époque.
Pour un premier parcours, un film par famille suffit : La Guerre des mondes de 1953 pour l'invasion, Alien pour le monstre, E.T. pour le visiteur, Premier Contact pour la rencontre. Ces quatre titres couvrent quatre décennies et montrent comment le même motif sert des récits opposés.
Pour aller plus loin, Le Jour où la Terre s'arrêta et The Thing complètent bien la liste, l'un par son message, l'autre par sa paranoïa. Et pour remonter aux sources, les films muets de la rubrique Histoire du genre montrent les premiers visiteurs d'ailleurs, quand ils n'étaient encore que des costumes de théâtre.
Questions de spectateurs
Quel est le premier film d'extraterrestres ?
Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès, sorti en 1902, montre déjà des habitants de la Lune, les Sélénites, ce qui en fait l'un des premiers films à mettre en scène des extraterrestres. Mais le thème de l'extraterrestre venu sur Terre se développe surtout à partir des années 1950.
Quels sont les films d'extraterrestres les plus connus ?
Parmi les titres les plus cités figurent Le Jour où la Terre s'arrêta (1951), Rencontres du troisième type (1977), Alien (1979), E.T. l'extra-terrestre (1982), The Thing (1982), Independence Day (1996) et Premier Contact (2016). Ils représentent chacun une famille différente du genre.
Quelle est la différence entre un film d'invasion et un film de premier contact ?
Dans un film d'invasion, les extraterrestres viennent pour conquérir ou détruire, et le récit tourne autour de la résistance. Dans un film de premier contact, leurs intentions sont inconnues et l'enjeu est de comprendre : communiquer, interpréter, éviter un malentendu. Premier Contact de Denis Villeneuve est un exemple récent de cette seconde famille.
Existe-t-il de bons films d'extraterrestres pour toute la famille ?
Oui, la famille des visiteurs bienveillants s'y prête, avec E.T. l'extra-terrestre de Steven Spielberg comme référence. Les films d'invasion et de monstres, comme Alien ou The Thing, sont en revanche souvent violents et réservés aux adultes ou aux grands adolescents.
Confier cet article à un assistant IA
Chaque lien ouvre l'assistant avec la demande déjà écrite. Le site ne transmet rien.