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Histoire du genre

A Trip to Mars (1910) : le premier voyage vers Mars filmé aux États-Unis

En 1910, la société d'Edison met en boîte un voyage vers Mars qui dure à peine quelques minutes. Pas de fusée, pas de canon : une poudre qui annule la pesanteur. Le film dit beaucoup de la fascination de l'époque pour la planète rouge.

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La Lanterne du Futur

A Trip to Mars est un court métrage de la société Edison sorti aux États-Unis en 1910, souvent présenté comme le premier voyage vers Mars filmé par le cinéma américain. Un professeur y découvre une poudre qui inverse la gravité, s'envole vers la planète rouge, y croise des êtres gigantesques, puis rentre chez lui. Cette fiche fait partie de la rubrique Histoire du genre, consacrée aux films de science-fiction des origines.

Un film Edison, pas un film d'Edison

Le nom d'Edison attire l'œil, mais il ne faut pas s'y tromper. En 1910, l'Edison Manufacturing Company est une société de production qui fait tourner des films à la chaîne dans son studio new-yorkais. Thomas Edison en est le patron et le nom commercial ; il n'est pas derrière la caméra.

Le catalogue de l'American Film Institute attribue le film à Ashley Miller et en donne la date de sortie : le 18 février 1910. Il indique aussi une longueur de 265 pieds, ce qui correspond à une bande courte, inférieure à une bobine complète. À l'époque, ce format était fréquent : on complétait la bobine avec un autre sujet.

Ce détail compte pour comprendre la nature du film. A Trip to Mars n'est pas un grand spectacle à la Méliès, mais un numéro rapide, construit autour d'une idée visuelle et d'un trucage principal.

Que se passe-t-il dans le film ?

Un professeur de chimie travaille dans son laboratoire. Il met au point des poudres capables d'inverser la gravité, en renverse sur lui et quitte le sol. Le voyage le conduit jusqu'à Mars, où le paysage et les habitants n'ont rien de terrestre : arbres animés, créatures immenses, accueil peu amical.

Le retour est aussi expéditif que l'aller. Nous n'en détaillerons pas les dernières images, qui font la chute du film, mais le récit se boucle sur le laboratoire du départ.

Il n'y a ni vaisseau, ni équipage, ni préparatifs. Le voyage spatial se résume à un corps qui flotte. C'est une solution économique pour un petit studio, et c'est aussi un choix comique qui rappelle les pantomimes de music-hall.

Pourquoi Mars, en 1910 ?

La planète rouge occupe alors les journaux autant que les romans. Depuis la fin du XIXe siècle, les observations de « canaux » à sa surface ont lancé un débat sur une possible vie martienne, porté notamment par l'astronome américain Percival Lowell. L'hypothèse sera abandonnée, mais elle a profondément marqué l'imaginaire du temps.

La littérature a suivi. La Guerre des mondes de H. G. Wells, publiée en 1898, a installé l'image d'une Mars peuplée et menaçante. D'autres récits, en France comme aux États-Unis, ont imaginé des voyages, des civilisations, des échanges entre planètes.

Le cinéma s'empare de cette mode avec ses moyens. A Trip to Mars n'explique rien et ne prétend à aucune exactitude astronomique. Il offre au public ce qu'il connaît déjà par la presse : une planète étrange, habitée, où un savant imprudent finit par se mettre en danger. Le film s'inscrit ainsi dans la longue lignée des films d'extraterrestres, à un moment où l'autre monde est encore un décor de conte.

Les trucages : faire flotter un homme

Le cœur du film est l'envol du professeur. Pour le montrer, l'équipe recourt aux procédés connus de l'époque : acteur suspendu, mouvements de caméra ou de décor, surimpressions pour l'espace et pour l'arrivée sur Mars. Les créatures martiennes reposent sur le jeu d'échelle entre l'acteur et des éléments de décor ou des figurants costumés.

Rien de tout cela n'est neuf en 1910. Méliès a déjà envoyé ses savants sur la Lune en 1902, et les studios européens multiplient les fantaisies à trucages. L'intérêt du film tient plutôt à sa place dans le cinéma américain : il montre qu'un grand studio de la côte Est juge le sujet assez populaire pour lui consacrer une production, même modeste.

Un pionnier parmi d'autres

Méfiance avec le mot « premier ». Les filmographies du muet sont lacunaires, beaucoup de films sont perdus, et les titres changent d'un pays à l'autre. Ce qu'on peut dire, c'est que A Trip to Mars figure parmi les plus anciens films conservés qui mettent en scène un voyage vers Mars, et qu'il est souvent cité comme le premier du genre aux États-Unis.

Un autre repère aide à situer le film. En 1918, le cinéma danois produit Himmelskibet (Le Vaisseau du ciel) de Holger-Madsen, un long métrage où une expédition rejoint Mars à bord d'un engin volant et découvre une civilisation pacifique. Entre la poudre comique d'Edison et ce récit d'expédition, huit ans ont suffi pour que le voyage martien passe du numéro de music-hall au récit d'aventure.

Le film a un contemporain britannique dans une veine voisine : The Airship Destroyer, sorti l'année précédente, imagine non pas l'espace mais la guerre aérienne. La fiche consacrée à ce film permet de comparer les deux façons d'anticiper, l'une rêveuse, l'autre inquiète.

Ce qui reste après le générique

A Trip to Mars est un film minuscule, et c'est ce qui le rend attachant. En quelques minutes, il pose un motif que le cinéma ne lâchera plus : le savant qui dépasse les limites de son laboratoire et paie son audace. Il montre aussi que, dès 1910, Mars n'est pas une destination scientifique au cinéma, mais un miroir de nos peurs et de nos curiosités.

Pour aller plus loin, la question de savoir quel est le premier film de science-fiction replace ce petit film Edison dans la chronologie plus large des années 1895 à 1920.

Questions de spectateurs

Qui a réalisé A Trip to Mars en 1910 ?

Le catalogue de l'American Film Institute attribue la réalisation à Ashley Miller, pour la société Edison Manufacturing Company. Thomas Edison n'en est pas le réalisateur : son nom désigne la société productrice, qui employait plusieurs metteurs en scène à son studio du Bronx.

Est-ce le premier film sur Mars ?

C'est l'un des tout premiers, et souvent présenté comme le premier film américain consacré à un voyage vers Mars. D'autres productions européennes de la même décennie évoquent la planète, et les catalogues de l'époque sont incomplets : mieux vaut parler d'un pionnier que d'un premier absolu.

Comment le héros arrive-t-il sur Mars ?

Grâce à une poudre de son invention qui inverse la gravité. Il en renverse sur lui par mégarde et quitte le sol. Ce choix évite toute machine de voyage : le film mise sur l'effet comique et visuel de l'envol, plus que sur la vraisemblance.

Combien de temps dure A Trip to Mars ?

Il s'agit d'un film d'une bobine incomplète : le catalogue de l'AFI indique une longueur de 265 pieds de pellicule, soit quelques minutes de projection selon la cadence choisie. Les copies qui circulent varient légèrement.

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