Algol, tragédie du pouvoir (Algol. Tragödie der Macht) est un film muet allemand réalisé par Hans Werckmeister et sorti à Berlin le 3 septembre 1920. Un mineur y reçoit d'un être venu des étoiles une machine qui produit une énergie illimitée, et devient en une génération le maître d'un empire industriel.
Ce film est l'une des fiches de notre rubrique Histoire du genre, qui couvre la science-fiction filmée entre 1895 et 1920.
Que raconte le film, en quelques lignes ?
Robert Herne, mineur de charbon, rencontre une créature liée à l'étoile Algol. Elle lui confie les plans d'une machine qui fournit une énergie sans limite. Herne construit la machine, ruine ses concurrents et règne pendant une vingtaine d'années sur l'économie, puis sur la vie de son entourage. Le récit suit les conséquences de ce pouvoir sur sa famille et sur ceux qui en dépendent.
On n'en dira pas davantage : la dernière partie du film tient à la façon dont Herne regarde enfin ce qu'il est devenu, et elle mérite d'être découverte sur l'écran.
Une machine, mais surtout une question de pouvoir
La science-fiction d'Algol ne s'intéresse pas au fonctionnement de la machine. Le film ne montre aucun savant, aucune équation, aucune démonstration. La machine est une boîte noire, un don venu d'ailleurs, et ce qui compte, c'est l'usage qu'un homme en fait.
C'est en cela qu'Algol est un film de son temps. L'Allemagne de 1920 sort de la guerre, de la révolution de novembre 1918 et d'une crise sociale profonde. La question de l'énergie, du charbon et de ceux qui le contrôlent est très concrète. Le film en tire une fable où l'abondance technique ne libère personne : elle concentre le pouvoir dans une seule main.
La structure rappelle celle du mythe de Faust, que le cinéma allemand de l'époque fréquente beaucoup. L'être d'Algol joue le rôle du tentateur, et la machine celui du pacte. Ce cousinage explique que le film soit souvent cité dans les histoires du fantastique allemand autant que dans celles de la science-fiction.
Qui a fait Algol ?
Hans Werckmeister signe la mise en scène, sur un scénario de Hans Brennert et Friedel Köhne. Le film est produit à Berlin par la Deutsche Lichtbild-Gesellschaft.
La distribution réunit plusieurs noms du cinéma allemand de l'époque. Emil Jannings joue Robert Herne ; il deviendra quelques années plus tard l'un des premiers acteurs récompensés par un Oscar. John Gottowt incarne Algol, la créature venue des étoiles. On y croise aussi Käthe Haack, Hanna Ralph, Hans Adalbert Schlettow, Erna Morena et Gertrude Welcker. La fiche technique du film donne aussi le nom du danseur Sebastian Droste, figure de l'avant-garde berlinoise, dans une courte apparition.
Les décors sont de Walter Reimann, qui a participé la même année à ceux du Cabinet du docteur Caligari. Sa salle de la machine, avec ses formes géométriques et ses éclairages violents, est le passage du film le plus souvent reproduit dans les livres.
À quoi ressemble le film ?
Algol est un film muet en noir et blanc, construit comme un drame en plusieurs actes, avec ses intertitres et ses grands tableaux. Le récit couvre une vingtaine d'années, ce qui l'oblige à avancer par ellipses : on quitte la mine pour retrouver Herne installé au sommet, puis vieilli.
L'intérêt visuel tient surtout aux décors de Walter Reimann. La machine n'est pas un appareil réaliste, avec rouages et manomètres, mais un objet stylisé, presque architectural. Le choix va dans le sens du récit : on ne demande pas au spectateur de croire à une invention, on lui montre une idole.
D'Algol à Metropolis
Il est tentant de voir dans Algol un brouillon de Metropolis de Fritz Lang, sorti en 1927. Les deux films partagent une machine au centre du récit, un maître qui contrôle la production et une société coupée en deux. Mais l'ambition n'est pas la même : Metropolis construit une ville entière et un monde du futur, quand Algol reste à l'échelle d'une famille et d'une entreprise.
Le rapprochement a pourtant un sens. Entre 1919 et 1927, le cinéma allemand produit une série de films où la technique devient une force presque surnaturelle, souvent liée à un personnage de démiurge. Algol en est l'un des premiers exemples, et l'un des plus explicites sur la question de l'énergie.
Pour mesurer le chemin parcouru en cinq ans, on peut le comparer avec un film français de 1915, La Folie du docteur Tube d'Abel Gance, où la science reste un jeu optique et burlesque.
Ce qui reste après le générique
Algol a longtemps été un titre plus cité que vu. Le film passait pour perdu avant qu'une version complète ne soit retrouvée ; le Museum of Modern Art l'a montré en 2010 dans un cycle consacré au cinéma de Weimar, puis la restauration numérique de 2011 a permis sa projection à la Rétrospective de la Berlinale 2017.
Ce qu'il en reste aujourd'hui, c'est une intuition très moderne : une source d'énergie illimitée ne règle rien si elle appartient à un seul homme. Cent ans plus tard, la science-fiction continue de poser la question presque dans les mêmes termes.
Questions de spectateurs
Qui a réalisé Algol en 1920 ?
Hans Werckmeister, un réalisateur allemand surtout actif à l'époque du muet. Le scénario est de Hans Brennert et Friedel Köhne. Le film a été produit à Berlin par la Deutsche Lichtbild-Gesellschaft. Emil Jannings, future vedette internationale, tient le rôle de Robert Herne.
Que signifie le titre Algol ?
Algol est le nom d'une étoile réelle de la constellation de Persée, connue depuis l'Antiquité pour sa luminosité variable. Son nom vient de l'arabe et évoque une figure démoniaque. Dans le film, c'est de là que vient l'être qui apporte la machine, ce qui donne au récit une couleur de pacte faustien.
Algol est-il un film expressionniste ?
Il en partage le décorateur, Walter Reimann, et certaines formes stylisées, notamment dans la salle de la machine. Mais le récit, une saga familiale et politique sur une vingtaine d'années, reste plus classique que Caligari. On le range plutôt parmi les films allemands à thème fantastique de l'immédiat après-guerre.
Où voir Algol aujourd'hui ?
Le film a longtemps été considéré comme perdu avant qu'une version complète ne soit retrouvée. Le Museum of Modern Art l'a projeté en 2010, et une version restaurée numériquement en 2011 a été montrée à la Rétrospective de la Berlinale 2017, à partir d'un DCP du Filmmuseum de Munich. Les projections en cinémathèque restent la voie la plus sûre.
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