The Airship Destroyer est un court film britannique de 1909, réalisé par Walter R. Booth pour le producteur Charles Urban : une flotte de dirigeables attaque l'Angleterre, et un jeune inventeur abat l'engin ennemi avec une torpille aérienne de sa fabrication. C'est l'un des premiers films à imaginer la guerre venue du ciel, cinq ans avant que les zeppelins ne survolent réellement Londres.
Cette fiche appartient à notre rubrique Histoire du genre, qui rassemble les films de science-fiction tournés entre 1895 et 1920.
De quoi parle le film ?
L'intrigue tient en quelques lignes. Un inventeur demande la main d'une jeune femme, sans succès auprès du père. Des dirigeables apparaissent au-dessus de la campagne anglaise, un biplan de défense est abattu, les bombes tombent. Le père de la jeune femme est tué, l'inventeur la sauve, puis lance sa torpille, qui détruit le dirigeable. Le couple se retrouve.
Ce canevas sentimental sert de fil à ce que le public venait voir : des engins volants, des explosions et une arme nouvelle. La durée, d'environ sept minutes, est alors confortable pour une fiction à trucages.
Pourquoi l'Angleterre a-t-elle peur du ciel en 1909 ?
Le film arrive à un moment très précis. Le 25 juillet 1909, Louis Blériot traverse la Manche en avion, et l'insularité britannique n'est plus tout à fait une protection. Les dirigeables rigides de Ferdinand von Zeppelin volent déjà depuis le début du siècle en Allemagne, et la presse anglaise s'inquiète ouvertement d'une menace aérienne.
La littérature a pris de l'avance. H. G. Wells publie en 1908 La Guerre dans les airs, un roman où des flottes aériennes ravagent les grandes villes. Plus largement, les récits de « guerre future » remplissent les magazines britanniques depuis la fin du XIXe siècle. The Airship Destroyer transpose cette inquiétude à l'écran, avec les moyens d'un film de quelques minutes.
Ce contexte explique la réaction finale du film : la technique ennemie est battue par une technique nationale, inventée par un particulier. Le savant fou des films de Méliès devient ici un ingénieur patriote. On retrouve d'ailleurs des laboratoires plus inquiétants, la même décennie, dans The Doctor's Experiment.
Comment Booth filme-t-il les dirigeables ?
Walter R. Booth vient de la scène. Ancien magicien, il a travaillé avec Robert W. Paul avant de rejoindre Charles Urban, et il a déjà multiplié les films à trucages. Pour The Airship Destroyer, il combine deux techniques :
- des maquettes d'aéronefs filmées devant des décors de ciel ;
- de l'animation de découpages, où des silhouettes plates sont déplacées image par image.
Le résultat reste visiblement artisanal, et la critique moderne le juge souvent sévèrement : la revue en ligne Moria Reviews y voit surtout une curiosité historique, aux effets dérivés de Méliès. C'est vrai si l'on compare avec les films de 1920. Ça l'est moins si l'on replace le film en 1909, où montrer un bombardement aérien relevait de la pure invention.
Pourquoi tant de titres différents ?
Celui qui cherche ce film tombe vite sur une liste de titres qui semblent désigner plusieurs œuvres. The Airship Destroyer, The Aerial Torpedo, The Battle of the Clouds, The Battle in the Clouds : il s'agit du même film. Avant 1914, une même bande change souvent de nom selon le pays, le distributeur ou la ressortie, et les catalogues de l'époque ne se recoupent pas toujours.
Le cas le plus parlant est le titre allemand, Der Luftkrieg der Zukunft, la guerre aérienne de l'avenir. Un film britannique qui met en scène une flotte de dirigeables attaquant l'Angleterre a donc circulé en Allemagne, le pays des zeppelins. Le cinéma d'avant-guerre s'exporte sans grand souci de la cible du récit, et les intertitres traduits suffisent à le rendre local.
Pour l'historien, ces variations obligent à la prudence. Une fiche qui cite The Aerial Torpedo comme film distinct, ou qui lui attribue une autre date, reprend souvent un catalogue de distribution sans le croiser avec les archives du producteur.
Que devient le film pendant la guerre ?
Le film a été ressorti en janvier 1915, quelques mois après le début de la Première Guerre mondiale. Le moment n'a rien d'un hasard. Les premiers raids de zeppelins sur l'Angleterre ont lieu cette année-là, et la fiction de 1909 se met à ressembler à l'actualité.
Ce retournement est l'une des raisons pour lesquelles le film intéresse les historiens de la science-fiction. Il fait partie de ces anticipations qui se sont réalisées en quelques années, avec une précision troublante sur le principe, et une grande naïveté sur les moyens. Le film ne prévoit pas, par exemple, la place que prendra l'avion face au dirigeable.
Ce qui reste après le générique
The Airship Destroyer montre comment le cinéma des origines s'est approprié les peurs techniques de son temps. Méliès emmenait ses spectateurs sur la Lune pour rire ; Booth fait tomber les bombes sur un village anglais. Le registre a changé, et avec lui l'usage de la science-fiction : non plus l'émerveillement, mais l'avertissement.
L'année suivante, le cinéma américain partira dans une autre direction, vers les planètes, avec A Trip to Mars. Les deux films forment une paire instructive : d'un côté le ciel menaçant, de l'autre l'espace comme terrain d'aventure.
Questions de spectateurs
Qui a réalisé The Airship Destroyer ?
Walter R. Booth, un ancien illusionniste britannique devenu l'un des pionniers des effets spéciaux et de l'animation en Grande-Bretagne. Le film a été produit par Charles Urban, l'un des producteurs les plus actifs de Londres à cette époque. Booth avait déjà signé plusieurs films à trucages avant 1909.
Le film porte-t-il d'autres titres ?
Oui, et c'est une source de confusion fréquente. On le trouve sous les titres The Aerial Torpedo, The Battle of the Clouds au Royaume-Uni ou The Battle in the Clouds aux États-Unis. En Allemagne, il circulait sous le titre Der Luftkrieg der Zukunft, la guerre aérienne de l'avenir.
The Airship Destroyer est-il un film de science-fiction ?
Il relève de l'anticipation militaire : en 1909, ni les bombardements aériens sur une ville ni la torpille guidée n'existent. Le film extrapole à partir des dirigeables et des premiers avions de son temps. C'est exactement le terrain de la science-fiction des origines, avant que le mot n'existe.
Peut-on encore voir le film ?
Une copie complète a survécu. Le film a été édité en DVD en zone 2 et se trouve sur plusieurs plateformes d'archives en ligne. Le British Film Institute le documente dans ses bases. Il dure environ sept minutes.
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