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Les meilleurs films de science-fiction : notre sélection argumentée

Pas de classement ni de note, mais quinze films choisis pour ce qu'ils ont apporté au genre, du studio de verre de Méliès aux extraterrestres de Denis Villeneuve. Pour chacun, la raison du choix et ce qu'il faut savoir avant de le voir.

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Rédaction
La Lanterne du Futur
Rangée de fauteuils rouges vides dans une salle de cinéma, écran blanc éclairé au fond

Le meilleur film de science-fiction n'existe pas, mais certains ont changé le genre pour de bon : nous en avons retenu quinze, de Méliès en 1902 à Premier Contact en 2016, chacun pour une raison précise. Ni note ni classement, l'ordre est simplement chronologique. Cette sélection fait partie de la rubrique Sélections.

Comment nous avons choisi

Trois critères, appliqués à chaque titre. Le film a-t-il inventé quelque chose, une image, une forme, une idée, que d'autres ont reprise ensuite ? Tient-il encore debout pour un spectateur d'aujourd'hui qui ne connaît pas son contexte ? Apporte-t-il une famille de science-fiction que les autres films de la liste ne couvrent pas ?

Nous avons écarté les sagas, qui ont leurs guides à part, et nous n'avons gardé qu'un film par cinéaste, sauf exception argumentée. La liste penche vers les classiques. C'est voulu : les films récents n'ont pas encore eu le temps de montrer ce qu'ils lèguent.

Les pionniers, 1902-1951

Le Voyage dans la Lune (Georges Méliès, 1902)

Le point de départ. Un obus tiré vers la Lune, des savants en robe de magicien, des Sélénites qui explosent en fumée : tout est faux, peint, truqué, et le film invente le voyage spatial au cinéma. Il dure environ un quart d'heure. La carrière de Georges Méliès explique comment un prestidigitateur en est venu là.

Metropolis (Fritz Lang, 1927)

La première grande ville du futur à l'écran, avec ses tours, ses ouvriers souterrains et sa femme-machine. Le message social a vieilli, l'image non : la mégapole verticale vient de là. Notre fiche sur Metropolis détaille la restauration de 2010, qui a rendu au film l'essentiel de ses scènes coupées.

Le Jour où la Terre s'arrêta (Robert Wise, 1951)

Un extraterrestre atterrit à Washington pour avertir l'humanité qu'elle doit cesser ses guerres. En pleine guerre froide, le film fait du visiteur venu d'ailleurs un sage plutôt qu'un envahisseur. Il a fixé pour longtemps la figure de la soucoupe posée dans un parc et du robot gardien.

L'âge adulte, 1962-1973

La Jetée (Chris Marker, 1962)

Vingt-huit minutes, presque uniquement des photographies fixes, une voix off. Après une troisième guerre mondiale, un homme est envoyé dans le passé à cause d'une image d'enfance. Le court métrage prouve que la science-fiction n'a besoin d'aucun effet spécial pour bouleverser.

2001 : l'Odyssée de l'espace (Stanley Kubrick, 1968)

Le film qui a fait entrer la science-fiction dans les palmarès des critiques. De l'aube de l'humanité à Jupiter, Kubrick et Arthur C. Clarke racontent l'évolution avec très peu de mots et des effets photographiques d'une précision encore étonnante. HAL 9000 y devient la figure de l'intelligence artificielle inquiétante. Notre fiche sur 2001 : l'Odyssée de l'espace donne les clés avant et après le film.

Solaris (Andreï Tarkovski, 1972)

Des scientifiques en orbite autour d'une planète-océan voient réapparaître des êtres chers disparus. D'après Stanisław Lem, Tarkovski fait de la station spatiale un lieu de deuil et de mémoire. Le film est souvent présenté comme une réponse soviétique à 2001.

La Planète sauvage (René Laloux, 1973)

Un film d'animation français, dessiné d'après Roland Topor, où de petits humains, les Oms, sont les animaux domestiques de géants bleus. Prix spécial du jury à Cannes en 1973. Ses images n'ont aucun équivalent, et sa fable sur la domination reste très lisible.

Les années de rupture, 1979-1985

Stalker (Andreï Tarkovski, 1979)

Première exception à la règle d'un film par cinéaste, parce qu'il ne ressemble à rien d'autre. Trois hommes traversent une Zone interdite vers une chambre qui exaucerait les désirs. Pas d'effets, peu d'action, un paysage de ruines inondées : c'est la science-fiction comme expérience intérieure. Notre fiche sur Stalker propose une façon d'y entrer.

Alien, le huitième passager (Ridley Scott, 1979)

Un vaisseau de commerce, un équipage d'ouvriers fatigués, une créature dessinée par H. R. Giger. Alien a mêlé l'horreur et la science-fiction si bien que la frontière ne s'est jamais refermée. Son héroïne, Ripley, a aussi changé la place des femmes dans le cinéma d'action.

Blade Runner (Ridley Scott, 1982)

L'autre exception : Ridley Scott signe deux fois, à trois ans d'écart, deux films qui ont fondé chacun un pan du genre. Los Angeles en 2019, la pluie, les néons, des androïdes plus humains que leurs chasseurs. Le film est une adaptation libre d'un roman de Philip K. Dick. Blade Runner a donné son image au cyberpunk, et ses différentes versions entretiennent le débat. Notre fiche sur Blade Runner les compare.

Brazil (Terry Gilliam, 1985)

Une dystopie bureaucratique où une erreur de frappe envoie un innocent à la mort. Gilliam mêle Orwell, Kafka et le burlesque. La guerre entre le réalisateur et le studio sur le montage américain fait partie de la légende du film.

Les contemporains, 1997-2016

Bienvenue à Gattaca (Andrew Niccol, 1997)

Dans un futur où l'on choisit les gènes de ses enfants, un homme « naturel » usurpe l'identité d'un autre pour partir dans l'espace. Le film parle de génétique avec une sobriété rare et une esthétique rétro qui l'a bien protégé du temps.

Matrix (Lana et Lilly Wachowski, 1999)

La réalité est une simulation et l'humanité dort dans des cuves, jusqu'à ce que Morpheus, joué par Laurence Fishburne, réveille Neo. Matrix a mêlé philosophie, arts martiaux et effets numériques, et son « bullet time » a été copié partout. Il a résumé les angoisses de l'ère d'Internet naissant.

Les Fils de l'homme (Alfonso Cuarón, 2006)

Une humanité devenue stérile, une Angleterre en guerre civile, et un enfant à protéger. Cuarón filme en longs plans-séquences qui donnent au récit une urgence de reportage. C'est la science-fiction d'anticipation la plus proche du film de guerre.

Premier Contact (Denis Villeneuve, 2016)

Des vaisseaux se posent sur Terre, et une linguiste est chargée de comprendre la langue des visiteurs. D'après une nouvelle de Ted Chiang, le film fait du premier contact une affaire de traduction, et révèle peu à peu une autre manière de vivre le temps. La science-fiction récente n'a pas fait plus émouvant.

Les films qui ont failli y être

Chaque choix en a écarté d'autres, et certains auraient eu toute leur place. Voici ceux qui ont été le plus discutés, toujours dans l'ordre chronologique.

La Planète des singes (Franklin J. Schaffner, 1968) a perdu face à 2001, sorti la même année, mais sa fin reste l'une des plus célèbres du cinéma. Star Trek, le film (Robert Wise, 1979) a porté au cinéma une série de télévision née en 1966 et ouvert une longue suite de films. E.T. l'extra-terrestre (Steven Spielberg, 1982) est l'aventure de science-fiction la plus populaire de sa décennie, mais il appartient autant au cinéma pour enfants qu'au genre.

Terminator (James Cameron, 1984) a imposé la machine qui revient du futur pour tuer, et sa suite de 1991 a fait date dans les effets numériques. Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985) reste la comédie de voyage dans le temps de référence. Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry, 2004) prouve que la science-fiction peut tenir dans une histoire d'amour. Interstellar (Christopher Nolan, 2014), avec Matthew McConaughey, a rouvert le grand spectacle spatial. Under the Skin (Jonathan Glazer, 2013) a donné au genre l'un de ses films les plus étranges.

Aucun de ces titres n'est un second choix. La liste aurait pu doubler sans perdre en qualité ; nous avons préféré quinze films, pour qu'elle reste une porte d'entrée.

Comment les regarder

Ces films se trouvent en version originale sous-titrée, et la plupart en version française. Les films muets gagnent à être vus dans une copie restaurée, avec la musique prévue pour eux, plutôt que dans des copies anonymes qui circulent sans source. Pour les plus anciens, les cinémathèques et les ciné-clubs les programment régulièrement, souvent avec un accompagnement musical en direct.

Un conseil d'ordre, enfin : commencer par un film proche de vos goûts, puis remonter le temps. Un amateur de thrillers entrera plus facilement par Alien ou Les Fils de l'homme, un amateur de films d'auteur par Stalker ou Premier Contact. Le Voyage dans la Lune et Metropolis se savourent mieux une fois qu'on sait ce qu'ils ont rendu possible.

Ce que cette liste laisse de côté

Une sélection de quinze films oublie forcément des titres qui comptent. Le cinéma japonais, les séries B des années 1950, les sagas, la science-fiction comique, les films d'auteur récents mériteraient chacun leur liste.

Elle laisse aussi de côté le goût de chacun. Un film qui a changé le genre n'est pas forcément celui qu'on aimera le plus : 2001 en ennuie certains, Matrix en agace d'autres. La liste sert de carte, pas de verdict.

Questions de spectateurs

Quel est le meilleur film de science-fiction de tous les temps ?

Il n'y a pas de réponse unique, et nous ne classons pas. 2001 : l'Odyssée de l'espace est le film de science-fiction le mieux placé dans le classement que la revue britannique Sight and Sound établit tous les dix ans auprès des critiques. C'est un bon point de départ, à condition d'accepter un film lent et peu bavard.

Quels films de science-fiction voir quand on n'aime pas le genre ?

Des films où la science-fiction sert une histoire humaine : Premier Contact, qui parle surtout de langage et de deuil, Les Fils de l'homme, proche du film de guerre, ou Gattaca, presque un drame intimiste. Ils demandent peu de culture du genre.

Pourquoi pas Star Wars dans la sélection ?

Parce que nous avons privilégié des films isolés plutôt que des sagas, qui ont leurs guides à part. Un nouvel espoir a évidemment compté dans l'histoire du cinéma ; notre guide de la saga explique dans quel ordre regarder les films.

Les films muets sont-ils regardables aujourd'hui ?

Oui, surtout en version restaurée et accompagnée de sa musique. Le Voyage dans la Lune dure une quinzaine de minutes et se regarde comme un spectacle de magie. Metropolis demande plus de patience, mais la restauration de 2010 lui rend une vraie fluidité.

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