# Stanley Kubrick : la filmographie commentée

> Stanley Kubrick, films dans l'ordre : les treize longs métrages de Fear and Desire à Eyes Wide Shut, ses adaptations, sa méthode et sa place dans la science-fiction.

Publié le 30 octobre 2026 · Réalisateurs (https://www.cine-sf.com/realisateurs/)

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La Lanterne du Futur — Science-fiction au cinéma, des premiers trucages aux sagas d'aujourd'hui — https://www.cine-sf.com/

## En trois plans

- Stanley Kubrick, né à New York en 1928 et mort en Angleterre en 1999, a réalisé treize longs métrages, de Fear and Desire en 1953 à Eyes Wide Shut, sorti quelques mois après sa mort.
- Trois de ses films relèvent de la science-fiction : Docteur Folamour (1964), 2001 : l'Odyssée de l'espace (1968) et Orange mécanique (1971), qui ont chacun ouvert une voie différente dans le genre.
- Presque toute son œuvre adapte des romans ou des nouvelles, de Nabokov à Stephen King, et Kubrick a passé l'essentiel de sa carrière à travailler depuis l'Angleterre.

Stanley Kubrick a réalisé treize longs métrages entre 1953 et 1999, dont trois films de science-fiction qui comptent parmi les plus étudiés du genre : Docteur Folamour, 2001 : l'Odyssée de l'espace et Orange mécanique. La liste qui suit les reprend dans l'ordre, avec pour chacun ce qu'il apporte et d'où il vient. Cette page fait partie de la rubrique [Réalisateurs](/realisateurs/).

## Repères biographiques

Kubrick naît à New York le 26 juillet 1928. Adolescent, il photographie pour le magazine Look, qui l'engage comme photographe. Il garde de cette période un sens du cadre et de la lumière qui marquera tous ses films.

Il tourne ses premiers documentaires au début des années 1950, puis ses premiers longs métrages avec de très petits budgets. Au début des années 1960, il s'installe en Angleterre pour tourner Lolita et n'en repartira plus vraiment : les films suivants sont presque tous préparés et tournés près de Londres. Il meurt le 7 mars 1999 dans sa maison du Hertfordshire, quelques jours après avoir montré le montage d'Eyes Wide Shut.

## Les films des débuts : 1953-1957

Avant le premier long métrage, il y a trois courts documentaires. Day of the Fight (1951) suit une journée du boxeur Walter Cartier jusqu'au combat du soir, à partir d'un reportage photo que Kubrick avait fait pour Look. Flying Padre (1951) accompagne un prêtre qui visite ses paroissiens en avion, et The Seafarers (1953) est un film de commande pour un syndicat de marins. Kubrick y apprend tout seul l'image, le son et le montage.


Fear and Desire (1953), son premier long métrage, suit quatre soldats perdus derrière les lignes ennemies dans une guerre imaginaire. Kubrick l'a ensuite retiré de la circulation, le trouvant raté. Le Baiser du tueur (Killer's Kiss, 1955) est un petit film noir new-yorkais, tourné à l'économie, autour d'un boxeur.

L'Ultime Razzia (The Killing, 1956) marque un vrai changement. Ce film de casse, raconté en fragments qui reviennent en arrière, impose déjà une construction du temps inhabituelle pour l'époque. Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory, 1957), avec Kirk Douglas dans le rôle du colonel Dax, avocat de ses hommes devant le conseil de guerre, dénonce l'exécution de soldats français pour l'exemple pendant la Première Guerre mondiale. Le film n'a été montré en France qu'en 1975.

## Les grandes productions : 1960-1964

Spartacus (1960) est la seule commande de sa carrière : Kirk Douglas, producteur et vedette, lui confie le film après le renvoi du premier réalisateur. Kubrick n'en aura pas le contrôle complet et s'en tiendra ensuite à des projets qu'il maîtrise de bout en bout.

Lolita (1962) adapte le roman de Vladimir Nabokov, avec James Mason et Sue Lyon, dans les limites de la censure de l'époque. C'est le premier film tourné en Angleterre.

Docteur Folamour, ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe (1964) part d'un roman sérieux de Peter George, Red Alert, sur une guerre nucléaire déclenchée par erreur. Kubrick en fait une comédie noire. Peter Sellers y tient trois rôles. C'est le premier film de science-fiction de Kubrick, au sens d'une anticipation politique : il imagine la fin du monde par une chaîne d'erreurs, un sujet que nous retraçons dans notre page sur [les films de fin du monde](/themes/film-fin-du-monde/).

## 2001 : l'Odyssée de l'espace (1968)

Kubrick passe ensuite quatre ans sur un projet écrit avec l'auteur de science-fiction Arthur C. Clarke, à partir de sa nouvelle La Sentinelle. Le film sort en 1968. Il raconte, en très peu de dialogues, l'histoire de l'humanité depuis l'aube des hominidés jusqu'à un voyage vers Jupiter, en passant par un ordinateur de bord, HAL 9000, qui refuse d'obéir.

Les effets visuels, réalisés sans images de synthèse avec des maquettes, des projections frontales et des procédés photographiques, valent à Kubrick son seul Oscar. Le film a fixé pour longtemps l'image du vol spatial au cinéma : lenteur, silence, précision des engins. Notre fiche consacrée à [2001 : l'Odyssée de l'espace](/films/2001-odyssee-de-l-espace/) revient sur son contexte et ses lectures.

**Hors-champ**

Les treize longs métrages, dans l'ordre :
Fear and Desire (1953) ; Le Baiser du tueur (1955) ; L'Ultime Razzia (1956) ; Les Sentiers de la gloire (1957) ; Spartacus (1960) ; Lolita (1962) ; Docteur Folamour (1964) ; 2001 : l'Odyssée de l'espace (1968) ; Orange mécanique (1971) ; Barry Lyndon (1975) ; Shining (1980) ; Full Metal Jacket (1987) ; Eyes Wide Shut (1999).

## Orange mécanique et Barry Lyndon : 1971-1975

Orange mécanique (1971) adapte le roman d'Anthony Burgess. Dans une Angleterre proche du futur, un jeune chef de bande violent est soumis à une thérapie de conditionnement qui le rend incapable de faire le mal. Le film pose une question qui intéresse la science-fiction depuis Wells : une société peut-elle réformer un individu par la technique, et à quel prix ?

La violence du film a provoqué de vives polémiques en Grande-Bretagne. Kubrick l'a retiré de la distribution britannique, et il n'y est ressorti qu'après sa mort.

Barry Lyndon (1975), d'après Thackeray, change totalement de registre : le XVIIIe siècle, l'ascension et la chute d'un aventurier irlandais joué par Ryan O'Neal, qui s'élève par son mariage avec Lady Lyndon, incarnée par Marisa Berenson. Certaines scènes sont éclairées à la seule lumière des bougies, grâce à des objectifs très lumineux fabriqués à l'origine pour la NASA. Le film a déçu à sa sortie avant d'être réévalué.

## Les derniers films : 1980-1999

Shining (1980) adapte Stephen King, qui n'a jamais aimé cette version. Jack Torrance, écrivain engagé comme gardien d'un hôtel isolé dans les montagnes, perd pied pendant l'hiver avec sa femme et son fils. Jack Nicholson tient le rôle, face à Shelley Duvall. Kubrick y utilise largement la Steadicam, alors toute récente, pour suivre les personnages dans les couloirs.

Full Metal Jacket (1987), d'après le roman de Gustav Hasford, suit des recrues des Marines de l'entraînement à la guerre du Viêt Nam. Le film a été tourné en Angleterre, dans une usine désaffectée transformée en ville vietnamienne.

Eyes Wide Shut (1999), avec Tom Cruise et Nicole Kidman, adapte la Traumnovelle d'Arthur Schnitzler. Le tournage a été l'un des plus longs de l'histoire du cinéma récent. Kubrick meurt avant la sortie, et le film paraît en salles quelques mois plus tard.

## Une méthode plus qu'un style

D'un film à l'autre, Kubrick change de genre, mais pas de façon de travailler. Il part presque toujours d'un livre, qu'il transforme en profondeur dans le scénario, souvent écrit avec l'auteur ou un romancier : Arthur C. Clarke pour 2001, Terry Southern pour Docteur Folamour, Michael Herr pour Full Metal Jacket. Il contrôle ensuite chaque étape, du choix des objectifs au montage, et jusqu'aux sous-titres et doublages de ses films à l'étranger.

Sur le plateau, sa réputation tient au nombre de prises. Il fait recommencer une scène jusqu'à obtenir ce qu'il cherche, au point d'épuiser certains comédiens ; les tournages de Shining et d'Eyes Wide Shut sont restés célèbres pour cela. Il laisse aussi une grande place à la musique existante : Richard Strauss et György Ligeti dans 2001, Beethoven réorchestré dans Orange mécanique, Haendel et Schubert dans Barry Lyndon.

Ses personnages sont rarement aimables, et aucun personnage principal n'échappe à son regard ironique. Un homme pris dans un système plus grand que lui, armée, institution, hôtel, machine, et qui y perd une part de son humanité : la figure revient du soldat des Sentiers de la gloire au Jack de Shining. Kubrick filme ce mécanisme avec une distance qui a souvent été prise pour de la froideur.

## Les films qu'il n'a pas faits

Deux projets inachevés pèsent dans la légende. Napoléon, préparé à la fin des années 1960, avec une documentation considérable, n'a jamais trouvé son financement. A.I., d'après une nouvelle de Brian Aldiss sur un enfant robot, a été développé pendant des années. Kubrick estimait que les effets spéciaux n'étaient pas prêts. Steven Spielberg l'a finalement réalisé et sorti en 2001.

## Ce qui reste après le générique

Treize films, dont pas deux du même genre : film noir, péplum, film de guerre, horreur, film en costumes, science-fiction. La constance tient ailleurs, dans la précision du cadre, le goût des adaptations qu'il transforme profondément, et une distance froide avec ses personnages.

Pour la science-fiction, son apport est rare. Avec Docteur Folamour, il prouve qu'on peut traiter l'apocalypse en comédie. Avec 2001, il donne au genre ses lettres de noblesse auprès de la critique. Avec Orange mécanique, il lie anticipation et question morale. Ces trois films figurent dans notre sélection des [meilleurs films de science-fiction](/selections/meilleur-film-science-fiction/), où chacun est argumenté. Les autres listes de la bobine [Sélections](/selections/) suivent la même règle : une raison écrite par film.

## Questions de spectateurs

**Combien de films Stanley Kubrick a-t-il réalisés ?**

Treize longs métrages, de Fear and Desire (1953) à Eyes Wide Shut (1999). S'y ajoutent trois courts métrages documentaires du début des années 1950. Kubrick a ensuite renié Fear and Desire, qu'il jugeait maladroit, et le film a longtemps été difficile à voir.

**Par quel film de Kubrick commencer ?**

Pour la science-fiction, 2001 : l'Odyssée de l'espace, sur grand écran si possible. Pour une entrée plus directe, Docteur Folamour, court et drôle, ou Shining, le plus accessible de ses films tardifs. Les Sentiers de la gloire montrent bien sa première manière.

**Kubrick a-t-il gagné un Oscar ?**

Un seul, pour les effets visuels de 2001 : l'Odyssée de l'espace, en 1969. Il a été nommé plusieurs fois comme réalisateur et comme scénariste sans jamais remporter ces catégories. Ce paradoxe est souvent cité à propos de sa carrière.

**Quel est le lien entre Kubrick et A.I. Intelligence artificielle ?**

Kubrick a développé ce projet pendant des années, d'après une nouvelle de Brian Aldiss, sans le tourner. Après sa mort, Steven Spielberg l'a réalisé et l'a sorti en 2001 en le présentant comme un projet de Kubrick, à qui il est dédié.
