# Georges Méliès, l'illusionniste qui a inventé le cinéma de l'imaginaire

> Georges Méliès (1861-1938) : le théâtre Robert-Houdin, le studio de Montreuil, les trucages, Le Voyage dans la Lune, la ruine puis la redécouverte d'un pionnier du cinéma.

Publié le 30 octobre 2026 · Réalisateurs (https://www.cine-sf.com/realisateurs/)

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La Lanterne du Futur — Science-fiction au cinéma, des premiers trucages aux sagas d'aujourd'hui — https://www.cine-sf.com/

## En trois plans

- Georges Méliès, né à Paris en 1861 et mort en 1938, était prestidigitateur et directeur du théâtre Robert-Houdin avant de devenir cinéaste en 1896.
- Dans son studio vitré de Montreuil, il a tourné plus de cinq cents films entre 1896 et 1913 en inventant ou perfectionnant l'arrêt de caméra, la surimpression et le fondu.
- Ruiné en 1913, il a tenu un kiosque à la gare Montparnasse avant d'être redécouvert à la fin des années 1920 ; environ deux cents de ses films sont aujourd'hui conservés.

Georges Méliès (1861-1938) est le prestidigitateur parisien qui a fait du cinéma un art du trucage et de l'imaginaire : entre 1896 et 1913, il a tourné plus de cinq cents films, dont Le Voyage dans la Lune en 1902, souvent cité parmi les premiers films de science-fiction. Il a fini ruiné, vendeur de jouets à la gare Montparnasse, avant d'être reconnu de son vivant comme un pionnier. Cette page appartient à la rubrique [Réalisateurs](/realisateurs/).

## De la chaussure à la magie

Méliès naît à Paris le 8 décembre 1861, dans une famille de fabricants de chaussures. Le jeune homme dessine, fait de la caricature, et se passionne pour l'illusionnisme lors d'un séjour à Londres où il fréquente les spectacles de magie.

À la fin des années 1880, il cède sa part de l'entreprise familiale et rachète le théâtre Robert-Houdin, boulevard des Italiens, du nom du célèbre illusionniste. Il y monte des numéros d'escamotage, d'automates et de décapitations simulées. Tout est là. Il apprend sur scène ce qui servira au cinéma : la mise en scène d'un tour, la machinerie, le sens du rythme devant un public.

## La séance du Grand Café

Le 28 décembre 1895, Méliès assiste à la projection payante du cinématographe Lumière au Grand Café, boulevard des Capucines. Il propose d'acheter un appareil ; les frères Lumière refusent. Il se procure alors un projecteur en Angleterre, chez Robert W. Paul, qu'il transforme en caméra.

Dès 1896, il tourne ses premières vues, d'abord dans le style Lumière : scènes de rue, parties de cartes. Une anecdote qu'il a souvent racontée situe la découverte du trucage cette année-là : sa caméra se bloque pendant qu'il filme une rue, il la relance, et à la projection un omnibus semble se changer en corbillard. L'arrêt de caméra, ou substitution, devient son outil de base.

## Montreuil, la Star Film et le studio de verre

Méliès fonde sa marque, la Star Film, et fait construire à Montreuil, à partir de 1896, un studio entièrement vitré qui laisse entrer la lumière du jour. C'est l'un des tout premiers studios de cinéma au monde. On y tourne devant des toiles peintes, avec trappes, poulies et décors démontables, comme sur une scène de théâtre.

Méliès fait tout, ou presque : il écrit, dessine les décors, joue, monte et produit, si bien que la réalisation d'un film Star Film ressemble à la préparation d'un numéro de scène. Ses films font apparaître et disparaître des personnages, multiplient les têtes, changent les femmes en papillons. Il perfectionne la surimpression, l'exposition multiple, le fondu enchaîné et la maquette. Dans L'Homme orchestre (1900), il joue seul tous les musiciens d'un orchestre grâce à des expositions successives de la même pellicule.

Ses sujets mêlent féerie, diablerie, actualités reconstituées et voyages extraordinaires. Parmi les premiers, on trouve déjà des machines et des automates, comme [Gugusse et l'Automate](/gugusse-et-lautomaton/) en 1897, que nous rattachons à notre dossier sur les robots du cinéma muet.

**Hors-champ**

- Naissance : 8 décembre 1861, Paris ; mort : 21 janvier 1938, Paris
- Avant le cinéma : directeur du théâtre Robert-Houdin
- Société : Star Film ; studio vitré à Montreuil
- Films : plus de 500 entre 1896 et 1913, environ 200 conservés
- Titres repères : L'Homme orchestre (1900), Le Voyage dans la Lune (1902), Le Voyage à travers l'impossible (1904), Le Tunnel sous la Manche (1907)
- Sources : Cinémathèque française, Festival de Cannes (Cannes Classics 2011)

## Le Voyage dans la Lune et la science-fiction

En 1902, Méliès tourne Le Voyage dans la Lune. Des savants en robe de magicien embarquent dans un obus tiré par un canon géant, se plantent dans l'œil de la Lune, affrontent les Sélénites et rentrent sur Terre. Le film emprunte à Jules Verne et à H. G. Wells, mais sur le ton de la revue de music-hall.

Le succès est international, et le film est massivement copié, en particulier aux États-Unis. Pour se protéger, Méliès ouvre un bureau à New York, confié à son frère Gaston. La question de savoir si Le Voyage dans la Lune est le premier film de science-fiction de l'histoire du cinéma revient souvent ; notre page sur [le premier film de science-fiction](/histoire/premier-film-de-science-fiction/) la discute en détail, en le comparant aux vues des Lumière.

Méliès poursuit dans cette veine avec Le Voyage à travers l'impossible (1904), une expédition vers le Soleil, puis avec [Le Tunnel sous la Manche](/1905-1909/1907/le-tunnel-sous-la-manche/) (1907), qui imagine un tunnel entre la France et l'Angleterre près d'un siècle avant son ouverture. Ces films traitent la science comme un prétexte à merveilles, avec une ironie constante envers les savants.

## La chute

Le public se lasse. Les féeries vieillissent à mesure que le cinéma raconte des histoires plus longues, montées autrement. Les grandes sociétés, Pathé et Gaumont, industrialisent la production et la distribution. Méliès, artisan qui fait tout lui-même, ne suit pas.

À partir de 1911, il tourne sous contrat avec Pathé, qui contrôle la distribution de ses derniers films. Il cesse de tourner après 1912 et se trouve ruiné en 1913. Pendant la guerre, l'armée récupère des centaines de copies de la Star Film pour en tirer la matière première. Le théâtre Robert-Houdin ferme, le studio de Montreuil est perdu, et Méliès détruit lui-même ses négatifs.

Remarié en 1925 avec l'actrice Jehanne d'Alcy, qui avait joué dans ses films, il tient avec elle une petite boutique de jouets et de confiseries à la gare Montparnasse.

## La redécouverte

À la fin des années 1920, des journalistes et des cinéphiles le retrouvent. Un gala lui est consacré salle Pleyel en décembre 1929, avec la projection de films sauvés. En octobre 1931, Louis Lumière lui remet la Légion d'honneur. Méliès finit sa vie dans une maison de retraite de la profession, à Orly, et meurt à Paris le 21 janvier 1938.

Le travail de restauration n'a jamais cessé depuis. La version coloriée à la main du Voyage dans la Lune, retrouvée à Barcelone en 1993, a été restaurée par Lobster Films avec la Fondation Groupama Gan et la Fondation Technicolor, puis présentée au Festival de Cannes en 2011 avec une musique du groupe Air. La même année, Martin Scorsese consacre à Méliès une large part de Hugo Cabret.

## Une petite-fille, une association et un musée

Une grande part de ce qui reste de Méliès a été retrouvée par sa famille. Sa petite-fille, Madeleine Malthête-Méliès (1923-2018), a consacré sa vie à rechercher ses films dans les archives étrangères, chez des forains, des collectionneurs et des brocanteurs. En 1961, pour le centenaire de sa naissance, la famille fonde l'association Les Amis de Georges Méliès, rebaptisée plus tard Cinémathèque Méliès, avec un but simple : retrouver, conserver et montrer l'œuvre.

Le travail a pris des décennies. Il continue. Le CNC publie en 1981 une première analyse catalographique des films de Méliès recensés en France. En 2004, Madeleine Malthête-Méliès cède au CNC sa collection de dessins, photographies, costumes et objets de magie, confiée à la Cinémathèque française. Les amis de Georges Méliès y ont ensuite déposé des dizaines de films.

De ces collections est né un lieu permanent : le musée Méliès, ouvert le 19 mai 2021 à la Cinémathèque française, à Paris. Il retrace l'histoire des images animées, des jouets optiques aux trucages du magicien du cinéma, et présente notamment sa première caméra. L'historien Laurent Mannoni, chargé du patrimoine à la Cinémathèque, a consacré une large part de ses travaux à Méliès et aux appareils du précinéma.

## Ce que l'on regarde aujourd'hui

La durée des films de Méliès varie beaucoup. Beaucoup tiennent en une ou deux minutes, le temps d'un tour ; les plus ambitieux, comme Le Voyage dans la Lune ou Le Voyage à travers l'impossible, dépassent le quart d'heure. Les copies conservées sont en noir et blanc ou coloriées à la main, image par image, comme elles l'étaient à la vente.

Ses films se regardent aujourd'hui en séance accompagnée au piano, dans des éditions restaurées ou lors de projections à la Cinémathèque. Ils ont inspiré des générations de cinéastes de l'animation et du trucage, et le documentaire comme la fiction n'ont cessé de revenir sur sa vie, de la salle Pleyel de 1929 à Hugo Cabret.

## Ce qui reste après le générique

Il reste une œuvre lacunaire, dont on retrouve encore des films dans des archives du monde entier. Et une manière de faire du cinéma qui n'a jamais disparu : construire l'impossible devant la caméra, avec des décors peints, des trappes et des raccords invisibles, plutôt que de filmer la réalité.

Toute la science-fiction à effets spéciaux, des maquettes de [Metropolis](/films/metropolis-fritz-lang/) aux vaisseaux miniatures des années 1970, descend de ce studio de verre. Méliès, magicien avant d'être cinéaste, n'a pas cherché à prédire l'avenir. Il a montré qu'on pouvait le fabriquer en studio, et rire de ceux qui prétendaient le connaître.

## Questions de spectateurs

**Quel est le film le plus célèbre de Georges Méliès ?**

Le Voyage dans la Lune, tourné en 1902, avec l'image de l'obus planté dans l'œil de la Lune. Le film adapte librement Jules Verne et H. G. Wells, sur le ton de la satire. Une version coloriée à la main, retrouvée en 1993 à Barcelone, a été restaurée et présentée à Cannes en 2011.

**Méliès a-t-il inventé les effets spéciaux ?**

Il n'a pas tout inventé seul, mais il a été le premier à bâtir une œuvre entière sur les trucages. Il a systématisé l'arrêt de caméra, les surimpressions, les expositions multiples et les fondus, et il les a mis au service d'histoires. Son expérience de magicien de scène l'y a préparé.

**Combien de films de Méliès existent encore ?**

Il en a tourné plus de cinq cents entre 1896 et 1913. Environ deux cents ont été retrouvés. Beaucoup de copies ont disparu pendant la Première Guerre mondiale, quand l'armée a récupéré le celluloïd de centaines de films, et Méliès a lui-même détruit ses négatifs.

**Quel film raconte la vie de Méliès ?**

Hugo Cabret, réalisé par Martin Scorsese en 2011 d'après le roman illustré de Brian Selznick, fait de Méliès, joué par Ben Kingsley, un personnage central. Le film mêle fiction et faits réels, comme le kiosque de la gare Montparnasse et la redécouverte tardive du cinéaste.
