# Stalker de Tarkovski : comment entrer dans la Zone

> Stalker d'Andreï Tarkovski (1979) : d'où vient la Zone, ce que cherchent les trois hommes, pourquoi le film est si lent, et comment lire sa fin sans la trahir.

Publié le 30 octobre 2026 · Films (https://www.cine-sf.com/films/)

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La Lanterne du Futur — Science-fiction au cinéma, des premiers trucages aux sagas d'aujourd'hui — https://www.cine-sf.com/

## En trois plans

- Stalker est un film soviétique d'Andreï Tarkovski sorti en 1979, librement adapté du roman Pique-nique au bord du chemin d'Arcadi et Boris Strougatski.
- Un passeur, le stalker, guide un écrivain et un professeur à travers la Zone, un territoire interdit où se trouverait une chambre qui exauce les vœux les plus profonds.
- Le film a été tourné en grande partie près de Tallinn, en Estonie, et a dû être en partie refait après la perte d'une première série de prises de vues.

Stalker est un film d'Andreï Tarkovski sorti en 1979 : un passeur guide deux hommes, un écrivain et un professeur, à travers la Zone, un territoire interdit où une chambre exaucerait le désir le plus profond de celui qui y entre. Pour y entrer à votre tour, il suffit d'accepter le rythme du film et de savoir que la vraie destination est la question que chacun se pose en chemin.

Ce film fait partie de notre rubrique [Films](/films/), consacrée aux grands titres de la science-fiction au cinéma.

## D'où vient la Zone ?

Le point de départ est un roman soviétique, Pique-nique au bord du chemin, publié par les frères Arcadi et Boris Strougatski au début des années 1970. Une visite venue d'ailleurs, jamais décrite, a laissé sur Terre plusieurs zones où les lois physiques ne fonctionnent plus normalement. Des passeurs clandestins, les stalkers, s'y aventurent pour en rapporter des objets étranges.

Les Strougatski ont eux-mêmes écrit le scénario, mais celui-ci a beaucoup changé au fil des versions. Du roman, le film garde le métier de stalker, l'interdiction militaire et l'idée d'un lieu qui exauce les vœux. Il abandonne presque tout le reste : les objets, l'action, l'explication. Un carton au début du film évoque une chute de météorite ou une visite extraterrestre, sans trancher.

La Zone de Tarkovski n'a donc rien d'un décor futuriste. C'est un paysage de friches, de bâtiments industriels abandonnés, de tunnels inondés et d'herbes hautes. Le danger y est invisible, et c'est le stalker qui dit où l'on peut marcher.

## Qui sont les trois hommes ?

Le film repose sur trois personnages qui ne portent pas de nom, seulement une fonction.

- Le Stalker, interprété par Alexandre Kaïdanovski, est le guide. Il vit pauvrement, a fait de la prison, et croit à la Zone comme on croit à un lieu saint.
- L'Écrivain, joué par Anatoli Solonitsyne, fidèle de Tarkovski, cherche l'inspiration qu'il a perdue et doute de tout, à commencer par lui-même.
- Le Professeur, joué par Nikolaï Grinko, est un scientifique dont le vrai projet ne se révèle qu'en cours de route.

Le voyage est court en distance et long en durée, car le stalker refuse la ligne droite : la Zone, explique-t-il, change sans cesse, et ceux qui la traitent sans précaution n'en reviennent pas. Tout le film tient dans ce rythme. Chaque détour devient l'occasion d'une conversation sur l'art, la science, la foi et ce que les hommes désirent vraiment.

## Pourquoi le film est-il si lent ?

Tarkovski filme en plans longs, avec peu de coupes, des mouvements de caméra lents et des sons travaillés : de l'eau qui coule, un train lointain, le bruit des pas. Certains plans durent plusieurs minutes. Ce choix déroute, mais il a une fonction : il fait éprouver au spectateur la tension de la traversée. On ne sait jamais si le danger est réel, et la durée oblige à regarder.

Le changement de couleur participe de la même idée. Hors de la Zone, l'image est un monochrome brun, sale, presque sans contraste. À l'entrée de la Zone, la couleur arrive, avec le vert des herbes et la rouille des machines. Le monde ordinaire paraît mort, le lieu interdit paraît vivant.

Pour une première vision, quelques conseils simples aident : voir le film d'une traite, dans le calme, et sans chercher d'abord une intrigue. Stalker se découvre mieux comme une marche que comme un récit. C'est un drame à trois voix, où l'on mesure peu à peu ce que chacun est venu chercher, bien plus qu'une aventure dans un territoire hostile.

## Que faut-il écouter ?

Le son compte autant que l'image dans Stalker. La musique d'Edouard Artemiev, compositeur fidèle de Tarkovski depuis Solaris, est rare et travaillée au synthétiseur : quelques nappes, quelques motifs, souvent fondus dans les bruits du lieu au point qu'on ne sait plus ce qui relève de la partition. Le reste est fait d'eau qui goutte, de vent, de rails et de silences.

Le train est le fil sonore du film. On l'entend dès les premières scènes, dans l'appartement du Stalker, et il revient à la fin. Dans ces passages, le fracas des wagons se mêle à des fragments de musique classique à peine audibles, comme un écho d'un autre monde. Rien n'est souligné ; c'est au spectateur de tendre l'oreille.

Ce travail sonore explique en partie pourquoi le film supporte mal une écoute distraite. Un casque ou une pièce silencieuse change beaucoup l'expérience, plus encore que la taille de l'écran.

**Hors-champ**

- Titre original : Сталкер (Stalker)
- Réalisation : Andreï Tarkovski
- Scénario : Arcadi et Boris Strougatski, d'après leur roman Pique-nique au bord du chemin
- Production : Mosfilm (URSS), 1979
- Interprètes : Alexandre Kaïdanovski, Anatoli Solonitsyne, Nikolaï Grinko, Alissa Freindlikh
- Tournage : Estonie, près de Tallinn, notamment autour de la rivière Jägala
- Sources : British Film Institute ; Cinémathèque française

## Un tournage à recommencer

Le tournage a été l'un des plus difficiles de la carrière de Tarkovski. Le cinéaste avait d'abord prévu de filmer au Tadjikistan, mais un tremblement de terre a rendu le site inutilisable. L'équipe s'est repliée en Estonie, près de Tallinn, où deux anciennes centrales hydroélectriques, autour de la rivière Jägala, ont servi de décor à la Zone.

Après une année de tournage en extérieur, l'équipe a découvert à Moscou que la pellicule avait été mal développée : une grande partie des prises était inutilisable. Tarkovski est retourné en Estonie pour tout refaire, et une neige inattendue en plein été a encore retardé le travail, selon le récit qu'en fait le British Film Institute. Le film que l'on voit est donc une seconde version, tournée dans l'urgence et la fatigue.

Les lieux choisis étaient par ailleurs pollués par des rejets industriels. Plusieurs membres de l'équipe ont été frappés plus tard par des maladies graves, et certains proches du film ont fait un lien avec ce tournage ; ce lien reste une hypothèse, jamais établie.

## Ce que la fin laisse ouvert

**Attention, la suite révèle la fin du film.**
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Les trois hommes atteignent le seuil de la Chambre, et aucun n'y entre. L'Écrivain comprend qu'il ne connaît pas son désir le plus profond et redoute ce que la pièce pourrait révéler. Le Professeur renonce à son projet, qui était de détruire la Chambre pour qu'elle ne serve pas à des hommes mal intentionnés. Le Stalker rentre chez lui, épuisé, convaincu que plus personne ne croit à rien.

La dernière séquence montre sa fille, une enfant handicapée surnommée Ouistiti, assise à une table. Les verres posés devant elle se déplacent, comme sous l'effet de son regard, pendant qu'un train passe. Le film ne dit pas si ce pouvoir vient de la Zone, s'il existe vraiment, ou si c'est le vacarme du train qui fait trembler la table.

Cette fin résume la position du film : le miracle est possible, mais il se produit hors de la Chambre, chez quelqu'un que personne ne regarde. On peut y lire une réponse à la foi du Stalker, ou une ironie sur les adultes qui cherchent si loin ce qui est déjà là.

## Ce qui reste après le générique

Stalker est le dernier film que Tarkovski a tourné en Union soviétique. Il réalise ensuite Nostalghia (1983) en Italie, puis Le Sacrifice (1986) en Suède, et meurt à Paris à la fin de l'année 1986. Le film revient régulièrement dans chaque rétrospective Andreï Tarkovski organisée par les cinémathèques, et il figure dans les grands classements critiques des meilleurs films de l'histoire du cinéma.

Son influence dépasse le cinéma d'auteur. Le mot « stalker » a pris, dans l'ex-URSS, un sens nouveau après l'accident de Tchernobyl en 1986, pour désigner ceux qui s'aventurent dans la zone d'exclusion, et une série de jeux vidéo a repris le titre et l'idée. Pour comparer deux manières d'aborder le mystère par la lenteur, on peut voir Stalker en regard de [2001 : l'Odyssée de l'espace](/films/2001-odyssee-de-l-espace/), sorti onze ans plus tôt. Et pour une autre famille de paysages désolés, notre dossier sur les [films de fin du monde](/themes/film-fin-du-monde/) montre ce que le cinéma fait des ruines quand il les explique davantage.

## Questions de spectateurs

**Faut-il lire le roman des frères Strougatski avant de voir Stalker ?**

Non. Le film ne garde du roman que le point de départ, la Zone et le métier de stalker. Le livre est plus proche de la science-fiction classique, avec des objets étranges et une intrigue d'aventure. Le film retire presque tout cela pour se concentrer sur trois hommes et une question de foi. Les deux se lisent indépendamment.

**Pourquoi Stalker est-il en partie en noir et blanc ?**

Les scènes hors de la Zone sont tournées dans un monochrome brun, proche du sépia, et la Zone apparaît en couleurs. Le passage de l'un à l'autre marque l'entrée dans un autre monde. Tarkovski inverse ainsi l'idée attendue : le monde ordinaire est terne, et c'est le lieu dangereux qui paraît vivant.

**Stalker est-il vraiment un film de science-fiction ?**

Il en a le point de départ : un territoire transformé par un événement inexpliqué, peut-être une visite venue d'ailleurs ou la chute d'une météorite. Mais il n'en montre aucun des signes habituels, ni vaisseaux, ni robots, ni effets spéciaux visibles. C'est de la science-fiction par la situation, pas par le décor.

**Par quel film de Tarkovski commencer si l'on n'a jamais vu Stalker ?**

Solaris (1972), son autre film de science-fiction, est une bonne porte d'entrée : il part aussi d'un roman et d'un phénomène inexplicable, avec un récit un peu plus lisible. L'Enfance d'Ivan (1962), son premier long métrage, est plus court et plus narratif. Stalker vient bien ensuite.
